Les dessous de la collaboration PSA/Petrobras

L'annonce d'un accord le 2 Décembre 2011 entre le groupe Peugeot PSA et Petrobras pour le développement de moteurs moins polluants, n'est pas un hasard. C'est la corrélation de plusieurs actualités qui permet de comprendre qu'une telle décision s'inscrit dans l'ère du temps et que le choix du partenaire n'est pas "innocent".


Cet accord intervennait un jour après l'inauguration de l'unité de fabrication du nouveau moteur EB de PSA. Avec Petrobras, celui-ci choisit un partenaire qui est associé depuis les années 70 à la construction de moteurs moins polluants et notamment des moteurs flex fuel permettant un mélange de bioéthanol et d'essence, diminuant ainsi la pollution. C'est d'ailleurs un des atouts que met en avant le Brésil pour promouvoir les biocarburants. PSA entend se renforcer sur le marché brésilien ou il possède actuellement 5,3% des parts de marché.

A partir de 2012, le moteur EB, dernier né des usines PSA devrait également être produit en Amérique Latine, où il doit être alimenté au bioéthanol. Une version spéciale de ce moteur dernière génération est prévue, l'EB atmosphérique Flexfuel de même que sa version  turbo injection directe flexfuel devraient être intégrées aux usines d'assemblage en Amérique Latine. D'ou l'intérêt de collaborer avec Petrobras, spécialiste dans le domaine des biocarburants.


Dans cette optique, l'internationalisation du moteur EB est à mettre en relation avec l'annonce d'un plan d'investissement de 940 millions d'euros faite par PSA en Amérique latine. Celui-ci vise à doubler son usine de Porto Réal et ajouter sur le marché sud-américain la fabrication de huit modèles supplémentaires des marques Peugeot et Citroën. Le développement de ses usines de fabrication de véhicules permet entre autre à PSA et à sa nouvelle Citroën DS3 d'échapper aux nouvelles taxes d'importation imposées par le Brésil pour faire face à la crise. En septembre dernier, le brésil annonçait une hausse de 30% des taxes sur les véhicules importés s'il ne provenait pas au moins à 65% du Brésil ou d'un pays du Mercosur.


PSA fait avec Petrobras un partenariat avec une entreprise ayant une expérience et une technologie avancée en matière de production et rentabilité du bioéthanol dans le but de développer des moteurs moins polluants. PSA peut mettre en avant son expérience dans les moteurs à combustion dernière génération tel le moteur EB ainsi que son plan d'investissement sur le long terme au Brésil.


Il bénéficie indirectement de la nouvelle législation sur la déforestation votée récemment par le Sénat brésilien et qui a tendance à assouplir la protection des forêts. Le Brésil a besoin de terres pour soutenir sa filière des biocarburants. Après des périodes de pénuries dues à la croissance de son parc automobile, celui-ci entend profiter de sa superficie forestière pour développer de nouvelles cultures de canne à sucre, en complément des dernières acquisitions faites en Afrique. Par ailleurs, si PSA souhaite s'implanter sur le marché brésilien avec la Citroën DS3 comme le laissent entendre certains quotidiens, le passage par Petrobras est obligatoire.


Point de passage obligé pour développer une technologie flex fuel et s'implanter sur un marché déjà trusté par certaines marques traditionnelles comme fiat. L'achat de voiture neuve est flex fuel à 90% et au vu des orientations brésiliennes en la matière, la technologie flex fuel est implantée pour longtemps. Cette technologie est implantée au Brésil mais également en Amérique Latine. C'est aujourd'hui un enjeu pour PSA de développer une technologie fiable et facilement exportable sur le continent Sud Américain; particulièrement où certains pays comme le Brésil voient émerger une classe moyenne poussée par une croissance maitrisée à 6%. Cela représente pour la futur DS3 des clients potentiels.


Outre l'Amérique Latine, certains pays africains ont déjà affiché leur intention de transformer intégralement leur parc de véhicule automobile en véhicule flex fuel d'ici à 5 ans comme l'avait annoncé le Malawi en 2009.


Ainsi en s'associant à Petrobras, PSA s'allie à un partenaire de premier choix pour l'implantation de son moteur dernière génération et anticipe sur la structuration par le Brésil d'un futur marché du bioéthanol. En parallèle, il bénéficie également du dynamisme de la filière bioéthanol française et des  financements du programme français de R&D, Biotfuel+ qui prévoit de développer les biocarburants de 2éme génération. Bien que fin novembre, le Sénat français ait supprimé l'allégement partiel de la taxe intérieure de consommation dont bénéficiaient les biocarburants. Ce recul momentané est contre-balancé par la feuille de route énergétique pour 2050, publiée le 19 Décembre par la Commission Européenne. Celle-ci place au centre de la politique future de l'UE les biocarburants.


Cette association est une nouvelle réussite pour le Brésil, avec un acteur comme PSA, soutenu directement par l'Etat français. Celui-ci se fait un allié de choix dans la structuration d'un marché international du bioéthanol. L'Etat français sera toujours tenté de soutenir son industrie automobile traditionnelle et un de ses acteurs majeur tel que PSA.


Par ailleurs, en augmentant ses taxes à l'importation sous condition, il oblige les entreprises souhaitant exporter au Brésil à fabriquer 65% de leur produit sur le territoire brésilien et ainsi d'investir, de créer des emplois.


Le Brésil quant à lui pourrait compter sur la France dans les négociations avec l'UE pour la reconnaissance de critères de durabilité favorable au bioéthanol brésilien, véritable enjeu de ces prochaines années. L'UE a une politique de réduction de pollution ambitieuse qui pourrait être facilitée si le bioéthanol devenait un complément de l'essence, ce que comprend tout à fait le Brésil. C'est par ailleurs un marché de 500 millions de consommateurs. De plus, elle est un des principaux  importateur de bioéthanol en provenance des pays africains. Ceux-ci s'étant eux-mêmes structurés sous l'impulsion du Brésil pour faire émerger un marché du bioéthanol dont il pourrait prendre le leadership.


L'Europe entend diversifier ses approvisionnements énergétiques et réduire son empreinte carbone.  A l'heure où celle-ci  est en crise, la France ressort comme une des deux nations qui a le plus de poids au sein de l'UE. Rien d'étonnant à ce que le Brésil tente de l'influencer même indirectement.

Mathieu Dupressoir

L'équipe du portail de l'IE

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