L’Intelligence Économique et Stratégique (IES): 5 scenarii à l’horizon 2015, par Thibault Renard, Animateur du Pôle Intelligence Economique de l’ACFCI.

Ce début d’année 2012 est l’occasion de la présentation des résultats des premiers travaux du Groupe de travail Métiers et Formations de l’Intelligence Economique et Stratégique (GMF-IES) de l’Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie (ACFCI).

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Dexia : Gestion d’une crise

Les livres de finances mentionnaient déjà que le risque zéro n’existe pas, sauf peut-être pour les obligations d’état... En ce sens, la mésaventure de Dexia constitue un précédent pour le monde de la finance. Cet article revient en trois temps sur la crise qu’a connu l’ex-groupe belgo-français ces quatre dernières années avec des pics respectivement en 2008 et 2011, ce dernier ayant par ailleurs abouti au démantèlement du « Group ».

La Bretagne et la Corse, symboles des démarches régionales plurielles en IE

L’intelligence économique territoriale ne se réduit pas à un séminaire, une journée de sensibilisation. De même, l’intelligence économique n’est pas uniforme. Ce sont ces deux idées fausses que l’actualité vient battre en brèche.

L’Arist vient de publier une enquête sur  Concurremment, la Collectivité Territoriale de Corse vient de valider et de publier le premier Schéma Régional d’Intelligence Economique (SRIE qui s’étend sur la période 2011-2014).

Ces deux actualités, qui n’ont fait l’objet d’aucune analyse et d’aucun rapprochement, nous permettent de montrer toute la diversité que représente la matière de l’Intelligence Economique. Diversité des pratiques mais également diversité des modes d’organisation de l’information.

 

L'Intelligence Economique en Bretagne

Diversité des pratiques tout d’abord. L’étude de l’Arist, qui porte sur près de 426 PME, montre les différentes manières qu’ont les PME d’appréhender les outils de l’intelligence économique. « Les services web gratuits », « les clients » et « les fournisseurs » sont, majoritairement, les trois sources ou organismes d’informations les plus utilisés. Néanmoins, les autres outils à la disposition des entrepreneurs, tels que les salons de professionnels, les CCI et les réseaux d’entreprises, ne sont pour autant pas négligés et représentent un complément nécessaire aux trois sources principales évoquées ci-dessus. Ce qu’il serait intéressant de voir, c’est la répartition interne effectuée par chaque entreprise en fonction de ses besoins et de ses impératifs. Non seulement pour se rendre compte de la pertinence de chaque outil dans telle ou telle configuration mais aussi pour comprendre les motivations du choix de tel ou tel outil.

La diversité des pratiques est également visible eu égard à « l’importance accordée aux trois dimensions de l’intelligence économique », à savoir la veille, la protection de l’information et le lobbying. Près de 87% des entreprises interrogées jugent la veille « importante », alors que moins de 75% jugent la protection de l’information importante et seulement  67% sont intéressés par la pratique du lobbying.

Cette diversité des pratiques peut être expliquée par les finalités différenciées recherchées par les PME. Egalement présentes dans l’étude publiée par l’ARIST, ces finalités sont certes différentes mais à la fois complémentaires. Ces outils sont surtout perçus comme un moyen de « renforcer la capacité d’anticipation ». Cette capacité d’anticipation recouvre plusieurs opportunités offertes par les outils en IE, comme la surveillance des concurrents et des nouveaux entrants ou l’augmentation des capacités de développement de nouveaux produits/services.

Au chapitre des difficultés rencontrées, « le manque de temps » à hauteur de 65% des PME interrogées ainsi que « la difficulté à identifier les réseaux d’influence pertinents » (40%). En clair, ce ne sont pas les compétences ni les outils qui font défaut mais bien le temps et la profusion d’informations, à savoir cette nouvelle réalité à laquelle nous semblons avoir des difficultés à faire face. Signe supplémentaire des difficultés rencontrées, le peu d’études réalisées sur ces pratiques. Comme le rappelle Alexandre Collomb, directeur de l’Arist Bretagne, il est difficile de croiser avec d’autres études car « nous ne connaissons pas d’initiatives similaires ».

Néanmoins, les régions se sont effectivement emparées de cette réalité multidimensionnelle. Du fait de l’acte I et II de la décentralisation (1982 / 2003), sont les acteurs majeurs de cette IE territoriale. Depuis la circulaire du 14 Février 2002 relative à la défense économique, la région est « la circonscription administrative de référence de l’action économique ». Les services déconcentrés de l’Etat (DIRECCTE) en préfecture de région devaient être regroupés et rationalisés au 1er janvier 2010. Les SRIE sont désormais en place.

L’étude de l’ARIST nous rappelle que la temporalité et les modalités de mise en œuvre des SRIE varient d’une région à une autre. Alors que la région Bretagne mesure les effets de son premier SRIE (2007-2013), la région Corse élabore son premier SRIE (2011-2014). De cette réalité, cela nous permet de mettre en avant la multiplicité des organisations afférentes à la collecte de l’organisation.

L'Intelligence Economique en Corse

Au sein du SRIE de la région Corse, l’organisation est pensée selon cinq axes principaux dont « la mise en réseau de l’information ». Cumulant les notions de « veille stratégique » et de « protection du patrimoine », cette mise en réseau doit se traduire par la constitution d’un « réseau collaboratif d’intelligence économique ». La région corse a traduit de façon singulière cette nécessité via une organisation administrative nouvelle, dont on ne connaît pas d’autres exemples ailleurs et qui semble rechercher l’exhaustivité. Ainsi, une instance stratégique, le CRIET (Comité Régional d’IE et Territoriale) coordonnera l’action globale au niveau régional. Pour ce faire, il a été doté de deux « instances opérationnelles » que sont le « CARS » (Comité d’Anticipations et de Réflexions Stratégiques) et le « COSE » (Comité de Sécurité Economique). Ces deux entités complémentaires, l’une offensive et l’autre défensive sont nouvelles dans le paysage de l’intelligence économique territoriale.

Le CARS, organe offensif, a pour mission d’intégrer la notion d’intelligence économique dans l’ensemble des thématiques propres aux entreprises concernées. De l’export à l’énergie, de la notion de baisse des coûts à la notion de survie. Ce Comité sera coordonné par un représentant de la DIRECCTE (préfecture), un de la collectivité territoriale et un représentant de la CCIR ou CCIT. Il sera complété utilement par la présence d’autres services étatiques comme la CDC, UbiFrance mais aussi par des instances représentatives comme le MEDEF ou le milieu universitaire (Université de Corse).

Le COSE est « essentiellement composé des représentants de l’Etat ». Il consiste notamment en la définition, l’identification et la protection du patrimoine de l’information des entreprises ainsi qu’en la sécurisation des informations dites sensibles.

Les deux organes sont tous deux responsables de « la mise en réseau de l’information », à savoir en l’animation des réseaux et la mise en place d’outils dédiés.

Pour reprendre notre comparaison, le Schéma Sectoriel d’Intelligence Economique en Bretagne (2005) effectue cette même distinction entre volet défensif et offensif. Toutefois, il est moins complet, réunit moins d’acteurs et réserve surtout l’aspect offensif aux « entreprises et laboratoires importants ». Ce distinguo nuit à la cohérence du tout, d’autant que cet attribut « important » n’est défini par aucun chiffre ni aucun exemple. D’autre part, la terminologie employée est encore imprécise et ignorante de la logique de « mise en réseau ». Dans des documents plus récents, comme le SRIE de Basse-Normandie (2007-2013), « la gestion de l’information » est évoquée sans toutefois dépasser la notion d’animation. L’idée de gestion donne l’impression que le réseau est une entité fixe qui, une fois constituée, n’est soumise à aucun changement. Ce qui n’est évidemment pas le cas.

En définitive, ces deux actualités, outre le fait qu’elles nous ont permis de montrer la diversité des pratiques et des méthodes de recueil et de diffusion de l’information, mettent en exergue l’idée que les processus se perfectionnent et s’affinent en permanence. L’étude de l’Arist nous a montré que les méthodes d’intelligence économique commençaient à s’ancrer dans la vie quotidienne des entreprises. Néanmoins, le SRIE de la région corse nous rappelle que, même nouveau, un dispositif régional d’IE peut apporter une contribution importante à l’IE territoriale.

L'équipe du Portail de l'IE

Claude Revel : une femme à la croisée des mondes de l’Intelligence Economique.


Fondatrice du cabinet de conseil en relations internationales
IrisAction, professeure et responsable du Centre Global Intelligence & Influence de SKEMA Business School, conférencière et auteur, l’ex haut fonctionnaire d’Etat, Claude Revel possède les clés d’univers complexes et très différents qui font d’elle une personnalité incontournable du monde de l’IE.

C’est au cours d’une rencontre chaleureuse  que Claude Revel nous a fait partager sa vision de l’intelligence Economique.

Cette femme, « père de l’IE » en France, énarque (promotion 1980), s’appuie sur sa finesse d’analyse, son pragmatisme et une constance sans faille pour évoquer le monde de l’IE et ses acteurs, à travers son parcours.

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Quelle perception François Hollande a-t-il de l’intelligence économique ?

En ces temps de campagne électorale, Christian Harbulot, le directeur du Portail de l'IE, s'interroge sur le programme de gauche en intelligence économique. François Hollande mènera-t-il une véritable politique publique en terme d'intelligence économique? Qui a gauche réfléchit sur cette question ?

Comme ses prédécesseurs, le leader de la gauche française n’a pas utilisé pour l’instant cette expression dans ses discours de campagne. Ni François Mitterrand ne l’avait fait comme Président de la République, ni Lionel Jospin comme Premier Ministre. Si le PS a fait des efforts louables de réflexion sur les questions de la sécurité et les mesures à prendre dans le domaine de la police, il est pour l’instant aphone sur le sujet. Seule la fondation Jean Jaurès a pour l’instant abordé la question dans un des chapitres de son opuscule « Réformer les services de renseignement français » publié en mai 2011. Il existe pourtant au sein du PS des personnes qui essaient de sensibiliser la gauche comme le député du Finistère Jean-Jacques Urvoas, secrétaire national chargé de la sécurité au sein du PS et le jeune et brillant historien Floran Vadillo qui s’était fait connaître par une polémique sur la présidentialisation du renseignement et qui anime aujourd’hui des groupes de travail à ses côtés. Mais leur prise de position ancrée au domaine de la sécurité et du renseignement ne risque-t-elle pas de fausser les termes du débat ?

L’occasion manquée de la gauche au pouvoir
L’intelligence économique est née d’une volonté de hisser l’information au niveau de lecture de la stratégie et de l’analyse des rapports de force dans la compétition économique mondiale. La première à avoir compris cette nécessité fut un Premier Ministre de gauche, Madame Edith Cresson. Ce fut la première dans le monde politique à vouloir donner un sens à l’expression « rendre la France plus offensive » pour maintenir un cap de développement économique à la hauteur de ses problématiques d’emplois, de commerce extérieur, de création d’activités et de dynamisation des territoires. A l’époque, elle prêcha dans le désert et se heurta à un mur au sein du PS. On lui fit même le grief d’oser dialoguer à ce propos avec un ancien militant maoïste. Les chasseurs de « rouges », principalement basés au SGDN savaient au moins jouer leur rôle de chiens de garde, faute d’oser s’interroger sur les vulnérabilités réelles d’un système déjà vacillant sur ses bases économiques. La gauche ne se rendit même pas compte de cette occasion ratée. Elle avait pourtant toute la légitimité pour s’engager dans une voie nouvelle de par des revendications fondamentales sur la défense de l’emploi et la lutte contre le chômage. Au début des années 90, Edith Cresson avait compris que la situation économique de la France était déjà en train de se dégrader de manière inquiétante en particulier dans le domaine des échanges. Pour lutter contre cette tendance, elle voulut lancer une grande réforme structurelle en transformant Bercy en un MITI à la française (le très actif Ministère de l’Industrie et du Commerce du Japon).
Pari insensé que la haute administration de l’époque ne voulut pas relever et qu’elle considérait comme contraire à toutes ses traditions. En dépit de ce tir de barrage, Edith Cresson tenta l’impossible. L’information, autrement dit la démarche d’intelligence économique, devait être au cœur de la redéfinition de notre politique industrielle. Elle passa pour une farfelue. On lui ria au nez. De leur côté, les médias préférèrent s’attarder sur certaines de ses expressions maladroites comme lorsqu’elle compara les Japonais à un peuple de fourmis. C’était tellement plus facile de se moquer ainsi de la première femme Premier Ministre avec l’assentiment silencieux des caciques du PS. Le problème, c’est qu’elle avait raison. Edith Cresson, bien conseillée par Jean-Louis Levet, son chargé de mission à Matignon, avait évité le piège de sombrer dans un discours centré sur la sécurité. Elle pensa l’usage de l’information comme un des leviers majeurs du développement du siècle à venir. Cette orientation est commune à la ligne éditoriale des auteurs du rapport Martre sur l’intelligence économique.

Le piège récurrent du discours centré sur la sécurité
Le mot protection figure bien dans la définition donnée dans le rapport du Plan mais comme un rappel de prudence et non comme l’axe central d’une politique. En France, le monde des actifs et la société civile n’aiment pas se voir asséner le mot sécurité à toutes les sauces dès lors qu’il est associé au monde de l’économie. L’invitation à toujours plus de sécurité ne crée pas l’empathie mais suscite la méfiance (que cherche-t-on à cacher aux salariés, aux médias et aux juges ?), voire la répulsion (le monde éducatif œuvre pour l’épanouissement de l’individu et non pour la surveillance de ses activités). Les plus patriotes s’interrogent enfin sur la finalité même du mot sécurité pour définir le business plan, conquérir des marchés, et anticiper des politiques industrielles. La réponse nous est donnée par le résultat à une autre question : combien de directeurs de la sûreté ou de la sécurité figurent dans les comités exécutifs des grands groupes du CAC 40 ?

Ce constat appelle quelques commentaires. Le mauvais voisinage entre les termes sécurité et information est propre à la France, à son Histoire et à sa culture. Ce n’est pas le cas des pays anglo-saxons ou même de l’Allemagne où l’expression « protection de l’économie » est associée officiellement avec « la lutte contre le sabotage économique ». Promotionner l’intelligence économique par la dialectique de la sécurité est une erreur car elle fige les comportements et ne permet pas de valoriser l’intelligence économique comme grille de lecture pour aller de l’avant et gagner des marchés hors de France. Ce piège récurrent en termes de langage mais aussi en termes de mode de pensée s’applique aussi au contexte intérieur. A la fin des années 2000, le Préfet Pautrat a eu raison de souligner le besoin de sécuriser les pôles de compétitivité. En revanche, la réflexion sur les industries de proximité non délocalisables et ancrées aux potentialités d’un territoire ne progresse que beaucoup trop lentement. Tout reste à faire dans ce domaine. Et l’intelligence économique est un excellent moyen d’approcher la question en sortant du cadre strictement sécuritaire. La France offensive souhaitée par François Hollande a besoin de points de repère sur ses victoires économiques et aussi sur ses défaites. Les expériences créatives d’emplois locaux en France ne sont pas très visibles par les remontées d’information traditionnelle (médias, CCI, unions patronales, syndicats interprofessionnels). Il est temps d’inventer de nouvelles grilles de lecture qui permettent au politique de pouvoir enfin inscrire à son programme électoral des priorités stratégiques qui ne se limitent pas aux sempiternelles annonces sur la relance de l’activité touristique et à l’implantation d’éoliennes.

L’intelligence économique est une réponse politiquement correcte
La France active a besoin de points de repère pour se mobiliser et aller de l’avant, à l’image de l’industrie française du ski qui exporte dans tous les pays où se développe une activité touristique hivernale de montagne. Les stratégies d’anticipation sont les grandes absentes du débat présidentiel 2012. Et pourtant elles sont positionnées au cœur de notre système industriel (potentialités marchandes des économies d’énergie générées par les innovations du BTP français, appui indispensable aux technologies de l’information développées dans l’hexagone et dont certaines sont plus performantes que Google, mise en exergue de l’expertise internationale d’EDF et d’ERDF dans la gestion des grands réseaux électriques…). Qui va enfin dire aux politiques que ce type de démarche peut leur rapporter des voix… Côté PS, on aimerait bien entendre la parole des sages sur le sujet. Celle d’Edith Cresson par exemple. Côté UMP, il serait temps qu’on lise plus attentivement ce qu’écrit le député du Tarn Bernard Carayon.

Christian Harbulot

Le 11 Avril 2012 parait le premier manuel d'Intelligence Economique. Sous la direction de Christian Harbulot, pionnier du domaine et avec le concours des experts de la communauté de l'IE française, ce manuel apparait incontournable pour comprendre l'Intelligence Economique et les nouveaux enjeux pour les Etats et les entreprises.

www.manuel-ie.fr