
Lors de son passage au Grand Journal de Canal +, le 28 novembre 2011, Valery GISCARD D’ESTAING a émis l’idée selon laquelle la spéculation sauvage sur les dettes souveraines, dont fait l’objet les pays de la zone Euro, serait le fruit des manipulations de certaines banques et organismes financiers américains.
« Vous avez des banques dans le monde et des officines dont le travail est d’organiser la spéculation en Europe. Elles sont américaines en général. Elles ne sont pas Européennes et c’est leur travail. Le matin, on dit quelle monnaie, quelle action ? »
VGE montre là un discours faisant référence à une réalité pourtant habituellement ignorée par les dirigeants politiques, celle de la guerre économique, dont l’un des vecteurs est celui de la finance de marché. Si des banques participent de manière indirectes via leurs placements, se sont surtout certains hedge funds qui provoquent des attaques spéculatives qui servent indirectement les intérêts américains.
Malgré une santé financière globale satisfaisante par rapport à d’autres grands pays occidentaux (par exemple de l’autre côté de l’Atlantique), l’Europe montre des signes de faiblesse politique qui n’inspirent pas confiance aux marchés financiers. Elle devient alors naturellement la cible de ces fonds spéculatifs agressifs.
Contrairement aux fonds de pension classique, les hedge funds se caractérisent par une liberté d’action sur les marchés, sans limitation de classe d’actifs, de marchés et de zones géographiques. Mais, c’est surtout par leur nature que ces fonds se font remarqués, puisque la plupart sont vendus sur une base privée et peuvent se situer en « off-shore ». Ils fonctionnent ainsi en dehors des contraintes prudentielles imposées normalement aux banques et échappent souvent aux contrôles des autorités de régulation bénéficiant d’un manque de réglementation en la matière.
Leur stratégie financière s’appuie sur l’effet de levier, c'est-à-dire un très fort endettement. Avec les montants gigantesques mobilisés, ils peuvent influer rapidement sur le cours d’une action ou d’une obligation par des ventes ou, au contraire, des rachats massifs. Ces fonds ont peu à peu acquis un statut de « leaders des marchés ». Chacun de leurs mouvements, à l’achat comme à la vente, sont observés, puis imités. Une position suffisamment importante pour générer un mouvement du cours qui sera amplifié par ce phénomène de mimétisme.
Cependant, ce constat n’explique pas complétement les attaques spéculatives dirigées contre les dettes souveraines européenne. A cela, il faut ajouter la pratique des ventes à perte et le recours excessif des opérateurs de marché à des instruments de couverture de plus en plus sophistiqués (comme les CDS, credit default swap, par exemple, dont on a beaucoup entendu parler pendant la crise de la Grèce)
Avec une asymétrie d’information des opérateurs, ces deux techniques sont de nature à amplifier les mouvements de baisse des cours, surtout lorsque ces mouvements sont initiés par des hedge funds.
Les marchés financiers ressemblent donc à de gigantesques jeux de dupes. Le recours massif à ces techniques de trading démontre que les fonds hautement spéculatifs ont un intérêt à jouer la baisse de l’Europe. Les Etats-Unis quant-à-eux, face à une Europe dont le PIB reste le plus élevé du monde, peuvent voir un avantage à la déstabilisation de la zone Euro. S’attaquer à ses maillons faibles détourne son attention des marchés extérieurs, génère des tensions en son sein et l’empêche de se structurer, au niveau industriel notamment.
Pierre-Yves Amiot
Sylvain Boivin
Amel Hammoum
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