Réélu pour la deuxième fois, Donald Trump a, dès les cent premiers jours de son second mandat à la Maison-Blanche, initié et renforcé un cadre et des dynamiques qui transforment radicalement les États-Unis et leur rapport au monde. Sur les plans commercial, financier, militaire, scientifique, technologique, énergétique et diplomatique, les mesures qu’il a adoptées avec sa nouvelle équipe ont des répercussions considérables sur l’Europe et la France.
Pour la deuxième fois, les électeurs américains ont élu Donald Trump à la tête de la première puissance mondiale, ce qui traduit une tendance de fond de la société américaine. Pendant les cent premiers jours de son second mandat, entre le 20 janvier et le 30 avril, Donald Trump a signé plus d’une centaine de décrets et une dizaine de mémorandums, et a multiplié les déclarations désarçonnantes pour les habitués des usages présidentiels du XXe siècle. Malgré le caractère imprévisible du président réélu, la période des cent premiers jours est cruciale pour comprendre les dynamiques scientifiques et technologiques instaurées et mises en œuvre par la nouvelle équipe de secrétaires et de conseillers choisie par l’exécutif américain. Ce nouveau cadre a et aura des répercussions sur la France et les pays européens jusqu’en 2029, au moins.
En outre, il paraît d’autant plus pertinent d’écouter ce qu’il dit et d’analyser ce qu’il fait pour le comprendre. À ce propos, sans comparaison abusive, le dirigeant d’Al-Qaïda, Oussama ben Laden, avait fait montre, à la fin des années 1990, de son intention d’orchestrer des attentats à Washington et à New York. En 2004, il a affirmé que son objectif initial était de pousser les Américains à surréagir en s’engouffrant dans une guerre coûteuse impossible à gagner au Moyen-Orient, afin de provoquer l’hostilité des populations musulmanes du monde entier à leur égard. De la même manière, Vladimir Poutine a annoncé, à Munich en 2007, que l’élargissement de l’OTAN vers l’est était inacceptable du point de vue de la Russie, laissant entendre qu’une réponse très ferme s’ensuivrait — ce que la guerre en Ukraine, quinze ans plus tard, est venue confirmer. Dès lors, écouter l’adversaire paraît toujours indispensable, indépendamment de ses croyances personnelles.
Des États-Unis plus proches du XIXe siècle que de la décennie 1990
Au cours des cent premiers jours de sa nouvelle présidence, Donald Trump a redéfini la puissance de son pays en renouant avec la tradition d’expansionnisme territorial des XVIIIe et XIXe siècles, affirmant vouloir contrôler de nouveaux territoires ou pays souverains : canal de Panama, Groenland (Danemark), Canada. Plus significativement, lui et sa nouvelle équipe de républicains, globalement favorables au protectionnisme, estiment que « la sécurité économique fait partie de la sécurité nationale ». À ce titre, ils ont mené une offensive douanière à l’échelle mondiale, ciblant en priorité les pays ou groupes de pays avec lesquels Washington enregistre les déficits commerciaux les plus élevés. La Chine a été particulièrement visée par cette politique mercantiliste.
En tournant résolument le dos à la mondialisation qu’ils défendaient lorsqu’ils dominaient le commerce mondial, les États-Unis tentent notamment de corriger le coût du service de leur dette, désormais supérieur à leur budget de la défense. Cette situation menace, à moyen et long terme, leur puissance au profit de leurs adversaires. En outre, ils s’emploient à réindustrialiser leur économie, en mettant tout particulièrement l’accent sur la sidérurgie, afin de renforcer leur base industrielle de défense en cas de conflit.
Au 30 avril 2025, ce renforcement du nationalisme américain s’est également traduit par des mesures visant à réduire leurs dépendances aux matières premières, notamment aux minerais stratégiques. Dans la même perspective, Donald Trump a modifié la loi extraterritoriale FCPA pour favoriser les entreprises américaines sur les marchés mondiaux. Celles-ci sont en outre soutenues par l’Advocacy Center du Département du commerce et par les services de renseignement, dont le budget atteint 106,3 milliards de dollars en 2025. Les agences de renseignement américaines coopèrent étroitement avec le Bureau of Industry and Security (BIS) pour contrôler les exportations de technologies sensibles d’origine américaine. Quant au CFIUS, il s’est vu attribuer des pouvoirs élargis afin de surveiller les investissements étrangers — Chine en tête — jugés préjudiciables aux intérêts des États-Unis.
Dans la construction de ce nouveau système commercial et financier, l’exécutif américain réélu exerce également des pressions en faveur d’une baisse des taux directeurs de la Réserve fédérale, notamment pour affaiblir le dollar et stimuler les exportations américaines. Parallèlement, la défense du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale passe aussi par la promotion des cryptomonnaies en général et des stablecoins en particulier. S’y ajoute la possible mise en place d’un fonds souverain américain, aux ambitions prédatrices à peine dissimulées, visant les entreprises étrangères innovantes.
L’accroissement de la puissance américaine : la recherche de prééminence technologique et énergétique
Les mesures de Trump pour accroître la puissance des États-Unis au nom de la sécurité nationale se traduisent par une quête de suprématie (leadership), en particulier dans les domaines des sciences, des technologies et de l’énergie, et, plus largement, de l’économie. Pour y parvenir, la nouvelle administration actionne tous les leviers à sa portée : investissements massifs, partenariats public-privé, déréglementation ciblée et mobilisation des laboratoires du département de l’Énergie.
Dans la course technologique mondiale que Washington ne veut pas perdre, les priorités portent sur des technologies qui démultiplient la productivité, peuvent converger entre elles et confèrent un avantage stratégique pour la défense : intelligence artificielle, informatique quantique, biotechnologies. D’autres domaines sont également considérés comme prioritaires : supercalculateurs (HPC), réacteurs nucléaires de nouvelle génération et fusion nucléaire. Cette course à la prééminence technologique est largement soutenue par les plus éminents milliardaires américains de la tech, venus assister à son investiture, voire, pour certains — comme Elon Musk, nommé à la tête du DOGE —, choisis pour travailler à ses côtés en vue de « débureaucratiser » et « reprivatiser » l’économie américaine.
Cette recherche de leadership passe aussi par l’énergie, étant donné les besoins considérables en électricité qu’impliquent ces technologies ainsi que la réindustrialisation des États-Unis. Les priorités écologiques de la précédente administration ont été abandonnées au profit d’une relance massive des énergies carbonées et du nucléaire (« Nuclear Renaissance »). Ces choix politiques font l’impasse sur les conséquences pour le climat et la biodiversité, alors même que les limites écologiques commencent à remettre en cause les fondements de l’économie américaine et, à terme, la vie humaine sur Terre.
Parallèlement, l’administration Trump a gelé les financements de nombreux champs de recherche liés à l’environnement (NSF, NASA), au profit de projets dédiés exclusivement à la sécurité nationale. Cela remet en partie en cause le système d’innovation des États-Unis, fondé sur le secteur privé, le monde académique et le financement public. Néanmoins, la relance massive de la commande publique à travers le budget américain 2026 — estimé à plus de 1 000 milliards de dollars au 30 avril — devrait servir de levier pour stimuler l’innovation du secteur privé, des GAFAM aux jeunes pousses ciblées par la Defense Innovation Unit.
Washington à l’offensive contre le monde, ses rivaux systémiques, l’Union européenne et la France
Le renforcement du nationalisme économique des États-Unis s’explique aussi par le changement de configuration géopolitique et géoéconomique du monde, dans lequel ils ne sont plus l’hyperpuissance. Ce changement de paradigme prend ses racines dans les années 1970 : rebond économique chinois (Deng Xiaoping, 1978), reprise en main des ressources naturelles par les anciens pays colonisés (chocs pétroliers), renouveau d’un islam politique prenant à contre-pied la globalisation occidentale (révolution iranienne menée par Khomeyni, 1978-1979) et réveil d’empires continentaux hostiles à l’Amérique. À ce titre, la communauté américaine du renseignement a souligné, dans son rapport annuel et devant le Congrès, que la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord sont les pays qui menacent le plus les intérêts sécuritaires et économiques des États-Unis. De surcroît, elle a mis l’accent sur leur rapprochement depuis la guerre en Ukraine, à la suite de l’invasion russe.
Au cours des cent premiers jours de Donald Trump au pouvoir, Washington a notamment ciblé la Chine — son rival le plus sérieux —, qu’il tient pour responsable de la crise du fentanyl, de pillages technologiques, de transbordements abusifs et de dévaluations monétaires inéquitables. Téhéran a également été visé par une batterie de sanctions et menacé de bombardements en raison du développement d’armes nucléaires et de son pouvoir de nuisance au Moyen-Orient. Quant à la Russie, les pourparlers de paix en Ukraine ont stagné et le soutien américain à Kiev a été erratique. À cela s’ajoutent les autres pays des BRICS élargis, qui cherchent à s’extraire du système monétaire international dominé par le dollar et auxquels Trump a menacé d’imposer des droits de douane substantiels afin de contrecarrer leurs initiatives.
Les États membres de l’Union européenne (UE), dont la France, ont été dans le viseur du nouveau locataire de la Maison-Blanche. S’agissant de l’UE, Donald Trump a annoncé, le 2 avril, des droits de douane de 25 % afin de rééquilibrer, à son avantage, l’excédent commercial des pays européens vis-à-vis des États-Unis — estimé à près de 200 milliards d’euros —, puis a proposé de le ramener à 10 % pour négocier. Bien que la France affiche un déficit commercial de biens avec les États-Unis, renforcé par « l’effet de Rotterdam » — contrairement à l’Allemagne et à l’Italie —, les droits de douane ont été fixés à 20 % pour l’Hexagone et jusqu’à 50 % pour certains territoires d’outre-mer. Au 30 avril, les secteurs les plus touchés étaient l’aéronautique, les vins et spiritueux, les produits pharmaceutiques et la cosmétique. À cet égard, les entreprises exportatrices de ces filières avaient adopté ou comptaient adopter des stratégies ad hoc pour contourner les barrières douanières. Au-delà des droits de douane instaurés par l’administration américaine au cours des cent premiers jours du mandat de Donald Trump, des entités américaines ont visé des entreprises et des institutions françaises pour influencer ou déstabiliser leurs orientations stratégiques : agences de notation, short-sellers activistes, création de dépendances technologiques et financières au sein des institutions françaises, désancrage territorial du tissu entrepreneurial des jeunes pousses innovantes, rachats ou tentatives d’acquisition d’entreprises stratégiques (intelligence artificielle, quantique, biotechnologies, défense).
Quid de la politique internationale de Donald Trump depuis la fin des cent premiers jours à août 2025 ?
Après le 30 avril 2025, l’exécutif américain a poursuivi son offensive contre ses rivaux systémiques. Bien que la Chine fasse l’objet d’une trêve tarifaire prolongée jusqu’au 10 novembre 2025, la nouvelle administration a décidé la suppression du régime « de minimis » à compter du 29 août, lequel exonérait de droits les colis d’une valeur inférieure à 800 dollars. À cet égard, les entreprises chinoises Temu et Shein ont été particulièrement ciblées, outre des droits de douane de 40 % sur les produits transbordés vers les États-Unis. Sur la même période, les négociations de paix en Ukraine ont stagné, tandis que Washington a accentué les mesures de rétorsion contre Moscou. Le 15 août, à Anchorage, en Alaska, les pourparlers de paix entre les présidents américain et russe n’ont pas abouti. Et ce, alors même que Donald Trump souhaitait un cessez-le-feu et se disait prêt à accorder des concessions territoriales à la Russie, au détriment des intérêts de l’Ukraine et des desiderata de certains pays européens, afin de se concentrer sur l’Asie-Pacifique. Quant à l’Iran, le nouveau locataire de la Maison-Blanche a mis à exécution ses menaces de bombardement le 21 juin, avec le déclenchement de l’opération Midnight Hammer visant trois sites d’enrichissement à Fordo, Ispahan et Natanz. En contradiction avec ses engagements isolationnistes initiaux et avec le processus de négociation, les résultats de l’intervention demeurent ambigus : Trump estime qu’il s’agit d’un succès, tandis que les agences de renseignement américaines jugent ce succès surestimé et estiment que le programme nucléaire iranien n’a été ralenti que de quelques mois. À ce sujet, le 25 juillet, le ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré à Istanbul que son pays continuerait de développer son programme nucléaire militaire.
Dans la même perspective internationale, le président américain a réaffirmé sa volonté d’annexer et de contrôler le canal de Panama, le Canada et le Groenland. Concernant ce dernier, l’escalade se poursuit entre Washington et Copenhague. Le 27 août, les Danois ont accusé des envoyés américains sur le territoire groenlandais de monter une opération d’influence visant à soutenir les sécessionnistes, à leur avantage.
La recherche de suprématie technologique et énergétique est toujours d’actualité
La quête de prééminence technologique et énergétique lancée au cours des cent premiers jours de son second mandat perdure. Le 2 mai, le budget fédéral discrétionnaire de 2026 soumis au débat du Congrès a été publié. Il prévoit une hausse de 13 % des crédits de la défense, à 1 010 milliards de dollars, avec l’objectif affiché de renforcer la base industrielle de défense par la commande publique. En parallèle, des baisses de crédits ont été annoncées, avec une réduction significative des financements de certains programmes scientifiques jugés non conformes à la sécurité nationale telle que définie par la nouvelle administration : NIH (17 milliards de dollars), NASA (6 milliards de dollars), National Science Foundation (3,5 milliards de dollars). D’autres coupes substantielles ont été opérées au sein du Département de l’Énergie pour les programmes liés aux énergies renouvelables (éolien, solaire). Le reste des financements dédiés à la science a été réorienté vers des technologies de rupture comme l’intelligence artificielle, l’informatique quantique, la fusion nucléaire et les minéraux critiques.
Parallèlement, de nouveaux décrets et plans d’action ont été pris concernant la « Renaissance du nucléaire », l’intelligence artificielle et le quantique, en tissant des passerelles entre énergie et technologies. Le 23 mai, quatre décrets présidentiels ont été signés pour relancer massivement et rapidement le nucléaire civil. Il est notamment prévu : de quadrupler la production d’électricité nucléaire d’ici 2050 (de 100 à 400 GW) ; de créer un système de recyclage des déchets nucléaires en mettant fin à l’ancien système du once-through nuclear fuel cycle ; d’ouvrir dix nouveaux réacteurs nucléaires d’ici 2030 ; d’exporter autant que possible la technologie nucléaire américaine avec l’aide de l’EXIM Bank ; de relancer l’apprentissage pour former les jeunes aux métiers du nucléaire. À cela s’ajoutent des mesures destinées à accélérer la création de centres de données pour l’intelligence artificielle, dont l’électricité proviendrait de centrales de nouvelle génération (SMR, 4ᵉ génération) alimentées en combustible HALEU fourni par le gouvernement. À ce sujet, l’America’s AI Plan a été publié, en plus de trois autres décrets sur l’IA, dont l’un stipule explicitement la volonté d’exporter le modèle américain de l’IA (puces, serveurs, réseaux, modèles, normes) afin de garantir la suprématie mondiale des États-Unis dans ce domaine. Même si le National Quantum Initiative Act n’a pas été évoqué au 29 août, un décret sur la cybersécurité mentionne l’impératif de migration post-quantique des systèmes des agences fédérales.
Parmi les autres faits notables depuis le 1ᵉʳ mai 2025, on note le départ d’Elon Musk du DOGE le 30 mai. Musk — le moins favorable à l’offensive douanière protectionniste — n’était plus en accord avec les orientations budgétaires du président, ce qui l’a conduit à démissionner. La Réserve fédérale et son président Jerome Powell ont subi de nouvelles pressions de la part de l’exécutif : Trump a de nouveau appelé à la démission de Jerome Powell et, le 22 août, aurait tenté de démettre Lisa Cook du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale. En parallèle, le Congrès a adopté le GENIUS Act le 17 juillet, donnant un cadre juridique aux stablecoins. Quant au fonds souverain, aucun plan n’a été publié le 3 mai, au motif qu’il était moins prioritaire que la réduction de la dette. Howard Lutnick a annoncé, le 26 août, qu’il serait remplacé par un « national security fund » financé par des apports de pays alliés — prises de participation, prêts, garanties de prêt et engagements d’achat — afin de sécuriser des projets industriels stratégiques aux États-Unis.
L’alignement de l’Union européenne avec les objectifs mercantilistes de la Maison Blanche
Le 23 mai, Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane de 50 % sur les biens européens, dont les exportations vers les États-Unis atteignaient en 2024 près de 200 milliards d’euros. Un compromis a finalement été trouvé le 27 juillet lors de la rencontre de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avec le président américain sur son terrain de golf, en Écosse à Turnberry. Les droits de douane américains ont, pour l’essentiel, été fixés à 15 % sur les biens européens, alors que le taux moyen n’était que de 4,7 % début 2025, soit un triplement du niveau tarifaire. Cet accord s’inscrit aussi dans le prolongement du sommet de l’OTAN des 24 et 25 juin à La Haye, où les pays européens ont convenu d’augmenter leur contribution à la défense à hauteur de 5 % de leur PIB, afin d’éviter de nouvelles menaces de retrait de l’Organisation par le protecteur américain. Ainsi, l’accord commercial prévoit également des droits de 50 % sur l’acier et l’aluminium afin de protéger la sidérurgie américaine. Ursula von der Leyen s’est aussi engagée à ce que les États membres achètent plusieurs centaines de milliards d’euros d’équipements militaires américains ainsi que 650 milliards d’euros de gaz naturel liquéfié américain — quatre fois plus cher que le gaz russe —, conformément aux objectifs de Donald Trump et des États-Unis depuis Ronald Reagan dans les années 1980. En outre, les produits pharmaceutiques et l’aéronautique ont été exemptés.
Cette soumission volontaire aux objectifs mercantilistes de Washington permet aux pays de l’UE les plus exportateurs vers l’Amérique — à l’instar de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Irlande — de minimiser leurs pertes. De la même façon, les Pays-Bas et la Belgique (Flandre) ont adopté un modèle commercial d’enrichissement en important massivement des marchandises étrangères revendues sur le marché intérieur européen. En revanche, l’absence de rétorsions commerciales ciblées contre les États-Unis entérine, entre autres, l’abandon d’une souveraineté numérique à l’échelle européenne. De cette manière, les grandes firmes américaines de la tech pourront continuer de s’enrichir grâce aux données européennes sans contraintes supplémentaires.
Quant à la France, qui accuse des déficits commerciaux avec les États-Unis — renforcés par « l’effet de Rotterdam » —, cet accord a été qualifié par le Premier ministre, François Bayrou, de « journée sombre » pour l’Europe, tandis que le président Emmanuel Macron a déclaré que l’Union européenne ne savait pas se faire suffisamment craindre et a appelé à poursuivre les négociations. Ce constat d’impuissance française et européenne s’explique par le fait que les secteurs des vins et spiritueux, de la sidérurgie, de la cosmétique et du naval seront affectés par l’offensive douanière américaine. En parallèle, les rachats ou les tentatives d’acquisition d’entreprises françaises innovantes par des entités américaines ont continué. En août, le fonds Carlyle a racheté Ciril Group, éditeur de logiciels (ERP, SIG) et fournisseur de cloud souverain hébergé en France pour les collectivités, pour environ 525 milliards d’euros ; l’opération n’est pas bloquée à ce stade, mais suivie de près par Bercy et pourrait s’accompagner d’une entrée au capital de Bpifrance. Début août, l’américain General Electric Vernova a racheté le français Alteia, qui édite des logiciels d’IA de vision par ordinateur pour les réseaux électriques. Cela s’ajoute à la très longue liste d’au moins 1 608 entreprises françaises rachetées entièrement par des fonds américains ou passées sous pavillon américain (avec plus de 50 % du capital) depuis 2014, pour 178,8 milliards de dollars au total.
Bien que les secteurs français de l’aéronautique et des produits pharmaceutiques soient a priori épargnés par le nouvel accord commercial avec les États-Unis, est-il certain que cela soit durable ? En effet, dans la logique mercantiliste, parfois brutale, de Donald Trump — et possiblement de ses successeurs —, une nouvelle offensive douanière de plus grande ampleur pourrait concerner ces secteurs et au-delà.
Yann Riveron
Pour aller plus loin :
- Mercantilisme américain : l’Union européenne dans le viseur de Washington
- [Rapport] Anticiper la désindustrialisation : un indice pour anticiper la désindustrialisation et réarmer l’intelligence économique territoriale
- Comment l’Allemagne planifiait de dominer le monde par le commerce après la Première Guerre mondiale [2/2]