Recul de la démocratie, hausse des IDE à Hong Kong

Pékin et l’administration hongkongaise se félicitent du bon déroulement des élections législatives hongkongaises du 7 décembre 2025. Ils mettent en avant un léger sursaut de la participation malgré le contexte tragique de l’incendie de Tai Po mais la réalité des chiffres décrit une victoire sans péril ni gloire. Ce vote, le deuxième sous le régime des « patriotes administrant Hong Kong », politique qui réserve les fonctions publiques uniquement aux personnes jugées loyales envers Pékin et la Chine, entérine la disparition de toute opposition formelle. Le Conseil législatif de Hong Kong (LegCo) devient une chambre d’écho du pouvoir central, bien loin de la promesse d’autonomie politique du principe « Un pays, deux systèmes ». 

Les médias d’État chinois et le gouvernement local ont salué la mobilisation des électeurs alors que le taux de participation n’est que de 31,9%, certes en légère hausse par rapport au plus bas historique de 30,2% enregistré en 2021. Cependant, cette autosatisfaction occulte une désaffection massive et persistante de la population : plus de deux tiers des inscrits ont boudé les urnes, un contraste saisissant avec les 71% de participation lors des élections de 2019, époque où l’opposition était encore existante. L’atmosphère lourde qui règne à la suite du drame de l’incendie de la résidence Wang Fuk Court, le plus meurtrier depuis 1948 à Hong Kong avec au moins 159 morts, n’explique pas l’ampleur de l’abstention devenue structurelle depuis la mise au pas de la société civile.

La victoire écrasante du « camp pro-Pékin », menée par le DAB (Democratic Alliance for the Betterment and Progress) qui sécurise 20 sièges était écrite d’avance faute d’adversaires en raison d’un verrouillage institutionnel. Pour la première fois, le Parti Démocrate, historiquement la première force d’opposition, n’a pas présenté de candidats. Ce Parti a voté sa propre dissolution en avril 2025 et ne fonctionne plus que comme une structure en cours de liquidation, sans activité politique efficace. Il a en effet subi une pression intense de Pékin, qui exigeait sa disparition sous peine de poursuites pénales, dans un contexte où la loi sur la sécurité nationale et le système des « patriotes » rendaient son existence politique impossible. Le paysage politique a été méthodiquement épuré : le Civic Party a déjà été dissous et les figures capables de mobiliser les foules, comme Benny Tai ou Joshua Wong, purgent au moment du vote de lourdes peines de prison pour « subversion » à la suite du « procès des 47 ». En effet, 47 personnalités pro-démocratie ont été condamnées pour avoir organisé des primaires électorales en 2020 afin de sélectionner des candidats d’opposition, considérés par Pékin comme une tentative de paralyser le gouvernement.

Cette élection illustre l’érosion du principe « Un pays, deux systèmes », désormais vidé de sa substance pluraliste au profit d’une « opposition loyale » de façade. En verrouillant l’accès aux responsabilités via un système de validation politique, Pékin s’assure une loyauté absolue en cohérence avec la stratégie d’amélioration du système électoral promise par Xi pour garantir la stabilité si chère aux autorités chinoises.

Cette homogénéisation politique, si elle rassure Pékin, a d’abord inquiété les investisseurs internationaux avant que les intérêts économiques ne les rattrapent. En effet, en 2019 lorsque les troubles civils paralysent le pays et inquiètent les investisseurs, les IDE (Investissement direct à l’étranger) ont subi un repli historique de 48% par rapport à 2018. Pourtant, ce sursaut moral face à la répression et la violation des droits humains n’a été qu’un bref éclat de conscience collective ou peut-être ne s’agissait-il que d’une réévaluation du risque que ce climat faisait peser sur leur investissement. Dès que Pékin a « restauré l’ordre » avec la Loi sur la sécurité nationale de 2020, les financiers ont rapidement fait taire leurs scrupules attirés par les opportunités financières que représente Hong Kong. Les IDE ont, en effet, rebondi de manière spectaculaire pour atteindre leur plus haut niveau historique en 2024 et le quatrième rang mondial avec 126 milliards dollars.

Cependant, cette victoire totale du « camp pro-pékin » expose l’administration de Hong Kong à une nouvelle vulnérabilité, le fait de gouverner sans fusible. En éliminant l’opposition institutionnelle, Pékin et l’exécutif local se privent de boucs émissaires en cas d’échec des politiques publiques. Désormais seuls maîtres à bord d’un navire où la société civile est muselée et où l’exode des talents se poursuit, les « patriotes » devront assumer seuls la responsabilité des crises sociales ou économiques à venir, sans pouvoir invoquer le sabotage d’une opposition démocratique désormais inexistante. Cette situation rend le rêve du « petit timonier » d’une exemplarité à Hong Kong entraînant une réunification pacifique et volontaire avec Taïwan encore plus irréalisable. Au lieu de servir d’aimant, l’évolution de la situation à Hong Kong a de fait servi de repoussoir pour Taïwan.

Zachariah LE COUTRE 

Pour le Club Asie-Pacifique de l’AEGE

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