Emmanuel Macron ouvre la voie à la concurrence sur le marché de défense français

Le Président a exprimé ses vœux aux Armées ce jeudi 15 janvier sur la base aérienne 125 d’Istres sous le signe de l’indépendance, de la fiabilité et de la stabilité. Au‑delà du maintien de la hausse des budgets de défense, le chef des Armées a annoncé son intention d’ouvrir le marché français de l’armement à la concurrence européenne.

« L’Histoire ne pardonne ni l’impréparation, ni la faiblesse »

C’est une France déterminée et intraitable que le Président de la République a dépeint lors de ses vœux aux Armées ce jeudi 15 janvier sur la base aérienne 125 d’Istres. Il présente également la France comme indépendante, fiable et stable dans un paysage international bouleversé par des « puissances de déstabilisation » comme la Russie, des « déstabilisations par plusieurs puissances régionales » comme l’Iran, ou encore par un « nouveau colonialisme qui est à l’œuvre chez quelques-uns ». C’est pourquoi l’Armée française participe à l’exercice Arctic Endurance au Groenland, et que les capacités déjà sur place seront renforcées dans les prochains jours. 

Révision de la LPM 2024-2030

Cette cérémonie a été l’occasion de rappeler ou d’annoncer certains événements comme de futures annonces sur la dissuasion nucléaire, les 400 ans de la Marine Nationale, les nouvelles politiques de rémunération des militaires ou le service national volontaire. Mais ce sont également 36 milliards d’euros supplémentaires pour la période 2026-2030, dits « surmarches », qui ont été annoncés pour la prochaine révision de la loi de programmation militaire (LPM). Parmi les objectifs de cette LPM, le Président a mentionné le renforcement des stocks de « munitions de tous types » et la continuité de projets de souveraineté comme le développement du SAMP/T et les programmes JEWEL et ELSA. Il a en outre rappelé l’objectif d’atteindre un budget de 64 milliards d’euros pour l’année 2027, au lieu de 2030.

Une « coopétition » européenne accrue

Le Président de la République a rappelé son soutien indéfectible à « l’Europe de la défense » tout au long de son allocution.  La stratégie spatiale française est en ce sens représentative de la volonté présidentielle. Il s’agit bien de développer, de produire et d’acheter européen, afin de « réduire les dépendances à tout ce qui est non-européen ». Cette coopération est matérialisée, d’une part, par le remplacement des Etats-Unis par la France dans la fourniture de renseignement à l’Ukraine, représentant aujourd’hui les deux tiers des capacités de renseignements opérationnels. D’autre part, l’inscription de conditions d’achats de matériel européen dans les initiatives SAFE et EDIP constitue une deuxième matérialisation de ce renforcement de la coopération européenne.

Finalement, le Président s’est adressé aux industriels de défense. Il les a exhorté à « faire plus vite et faire plus fort […] parce que la compétition est plus forte ». En effet, la croissance des marchés de défense implique de fournir des capacités crédibles, en qualité et en quantité. Emmanuel Macron a donc appelé les industriels à produire plus vite, en volume, et à massifier avec des systèmes plus légers. Il ajoute alors : « il n’y a pas de marché garanti, il n’y a pas de chasse gardée » et que la France a « besoin d’une industrie de défense qui s’adapte davantage, qui ne considère plus que les Armées françaises sont des clients captifs, parce que nous irons peut-être chercher des solutions européennes si elles sont plus rapides ou plus efficaces ». Cette phrase annonce clairement un changement de paradigme dans la politique d’achats français, jusque-là basée sur une quasi exclusivité aux entreprises françaises, au nom de la souveraineté technologique.

Un bouleversement de la politique de défense française ?

C’est un programme manifestement européen que le Président a présenté ce 15 janvier. L’ouverture explicite du marché français aux concurrents européens rebat les cartes pour les industriels tricolores. C’est en effet la politique de proximité entre la DGA et les industriels français qui avait permis la sauvegarde de la SNECMA, aujourd’hui Safran Aircraft Engines, lors du lancement du programme Rafale, au détriment de l’Eurofighter, selon Antonio Calcara. À l’aune des difficultés des programmes MGCS et SCAF, cette annonce risque de bouleverser les stratégies des industriels français sur la scène européenne face à des concurrents très offensifs, à l’instar de Rheinmetall

Mattias Allio
Rédacteur en Chef Défense et Souveraineté Industrielle

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