“Denmark is a very special country […] but essentially, it’s a large real estate deal.” Alors que le président américain a réaffirmé, le 4 janvier 2026, son souhait de voir le Groenland passer sous pavillon américain, cette ambition s’inscrit dans une continuité historique profonde.
Historique des Etats-Unis avec le Groenland
L’intérêt des États-Unis pour le Groenland s’inscrit, depuis la doctrine Monroe (1824), dans une logique continue d’expansion et de sécurité nationale. Dès 1867, après l’achat de l’Alaska, William H. Seward manifeste un intérêt stratégique pour l’île, qui se confirme pendant la Seconde Guerre mondiale lorsque, profitant de l’occupation du Danemark, Washington conclut un accord pour sécuriser le territoire et y établir des bases militaires, dont celle de Pittufik, toujours active. Dans le contexte de la Guerre froide, les États-Unis vont plus loin en proposant en 1946 d’acheter le Groenland pour 100 millions de dollars en or, offre refusée par Copenhague, mais obtiennent néanmoins en 1951 le droit d’installer la base de Thulé dans le cadre d’un accord de défense intégré à l’OTAN, renouvelé en 2004 avec la participation du Groenland. Aujourd’hui, cette présence s’accompagne d’une dimension économique, le Groenland cherchant à attirer des investissements étrangers, notamment américains, pour exploiter ses ressources minières, tout en maintenant des exigences strictes en matière sociale et environnementale.
En 1968, un bombardier américain B-52 transportant quatre bombes thermonucléaires B28FI s’est écrasé près de Thulé au Groenland après un incendie à bord. L’impact a provoqué une contamination radioactive et tué un membre d’équipage. L’accident a révélé des vols nucléaires secrets américains au-dessus du territoire danois. L’accident a révélé des vols nucléaires secrets américains au-dessus du territoire danois, révélant l’existence de l’opération Chrome Dome, au-dessus de l’Arctique. Ces missions impliquaient 12 bombardiers B-52 transportant des ogives nucléaires près de l’espace aérien danois (Groenland). Elles étaient menées sans l’accord du Danemark, engendrant une crise diplomatique. Simultanément, l’incident a souligné l’importance stratégique cruciale du Groenland et de la base de Thulé. Située sur la route la plus courte vers l’URSS, cette base abritait un radar Ballistic Missile Early Warning System (BMEWS) ayant pour but de détecter des missiles balistiques intercontinentaux, offrant un temps de réaction vital pour la défense nord-américaine.
Pourquoi le Groenland est-il le terrain de jeu des puissances mondiales ?
Le passage du Groenland-Islande-Royaume-Uni (GIUK) est particulièrement important pour la marine britannique car toute tentative d’intrusion dans l’océan Atlantique de la part d’un pays de l’Europe du Nord passe obligatoirement par la Manche ou le GIUK. Comme les Britanniques contrôlent aussi l’accès à la Méditerranée grâce au port de Gibraltar, la France, l’Espagne et le Portugal sont les seuls pays d’Europe continentale qui possèdent un accès direct à l’Atlantique ne pouvant pas être bloqués par la Royal Navy. Ainsi, le passage GIUK est un point géostratégique majeur car il permet le contrôle du trafic maritime entre l’océan Atlantique et les mers nordiques. Cette position stratégique permet la surveillance des sous-marins russes, élément vital pour la sécurité de l’OTAN. De plus, son contrôle par une puissance comme le Royaume-Uni permet de verrouiller l’accès à l’Atlantique contre toute intrusion en provenance d’Europe du Nord, obligeant les forces maritimes hostiles à passer soit par la Manche, soit par ce détroit. En couplant ce contrôle à celui de Gibraltar, le Royaume-Uni consolide sa position de puissance maritime régionale, capable de dicter les conditions de passage pour une grande partie des nations côtières européennes.
Le trésor des ressources naturelles, mais une exploitation incertaine
Le Groenland possèderait une quantité importante de terres rares essentiels aux hautes technologies, actuellement dominées par la Chine, notamment des hydrocarbures et minerais (réserves potentielles de pétrole, gaz, fer et zinc). Ces richesses constituent l’un des principaux arguments avancés par Trump pour justifier l’intérêt stratégique des États-Unis pour l’île.

Source : Geological Survey of Denmark and Greenland. Par souci de clarté, la carte ci-dessus présente une sélection des principaux gisements de certains minerais, roches et terres rares.
Cependant, rien n’assure qu’il est possible pour le moment de les extraire, de les exploiter, puis de les exporter dans des conditions économiques satisfaisantes. L’exploitation de ces terres s’annonce très compliquée, sur une île recouverte à 80 % de glace et peuplée seulement de 56 000 habitants. Néanmoins, la fonte des glaces rendrait les ressources plus accessibles et ouvrirait de nouvelles routes maritimes (Passage du Nord-Ouest), raccourcissant le trajet entre l’Asie et l’Europe.
La question de l’indépendance du Groenland
Ainsi, la question de l’indépendance du Groenland refait surface, alimentée par le désir de certains leaders de tirer parti des opportunités économiques offertes par l’exploitation des ressources naturelles et l’ouverture des routes maritimes. L’exploitation de ces richesses pourrait générer des revenus substantiels, permettant au Groenland de s’affranchir de la subvention annuelle versée par le Danemark. En raison du réchauffement climatique et de la fonte des glaces, l’Arctique est en train de devenir une zone de navigation stratégique. Le passage du Nord-Ouest, qui longe les côtes groenlandaises, s’ouvre de plus en plus, offrant des opportunités pour le commerce maritime et le tourisme.
Pour aller plus loin :
Club Défense de l’AEGE