Coopération spatiale Algérie-Chine : pivot de la Route de la Soie spatiale

Le 31 janvier 2026, le président Xi Jinping et son homologue Abdelmadjid Tebboune ont échangé des félicitations suite à la mise en orbite réussie d’AlSat-3B par une fusée Longue Marche 2C. Ce tir fait suite à celui d’AlSat-3A le 15 janvier dernier, supervisé en personne par le Général Saïd Chanegriha depuis le centre de lancement de Jiuquan en Chine. Ce doublé technologique concrétise le plan de coopération spatiale 2022-2026 et marque un tournant majeur pour la sécurité en Afrique du Nord.

Pour Pékin, ce programme est une pièce maîtresse de la Belt and Road Initiative (BRI). En fournissant les lanceurs, les satellites et les infrastructures au sol, la Chine crée une dépendance technologique sur un cycle de vie d’au moins 15 ans. En se positionnant comme un partenaire « sans conditions politiques », la Chine évince les acteurs historiques comme Airbus et Thales. Alger opte pour un écosystème chinois complet, perçu comme plus fiable pour sa souveraineté face aux pressions diplomatiques.

L’enjeu majeur de cette mission réside dans le contrôle du Big Data géospatial. La constellation AlSat-3 permet à l’Algérie de surveiller ses frontières (notamment la zone critique du Sahel) et ses ressources stratégiques en hydrocarbures sans dépendre de prestataires tiers. Bien que l’Algérie assure le contrôle opérationnel, la maintenance des protocoles de chiffrement et des logiciels par les ingénieurs chinois pose la question d’une passerelle de données vers les serveurs de Pékin. 

L’Algérie consolide son statut de puissance spatiale en Afrique, entrant en concurrence directe avec le Maroc (qui s’appuie sur des technologies israéliennes et françaises). Alger pourra désormais proposer des services d’imagerie ou de télécoms à ses voisins sahéliens, renforçant son poids diplomatique régional. Par ailleurs, le transfert de compétences prévoit la formation de cadres algériens en Chine. Cette nouvelle élite technique adopte les méthodes de travail et les standards industriels chinois, ancrant durablement l’Algérie dans la sphère d’influence normative de Pékin.

En cassant les prix par rapport aux offres européennes, la China Great Wall Industry Corp sature le marché des pays émergents. Ce modèle de « package global » (financement, lancement et transfert de technologie) rend la concurrence occidentale quasi-impossible sur le segment des satellites gouvernementaux en Afrique.

Paul Servonnat

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