La capture de Nicolás Maduro par les forces américaines le 3 janvier 2026, dans le cadre de l’opération « Absolute Resolve », a révélé l’ampleur de la pénétration du Hezbollah au Venezuela et le rôle central du régime chaviste dans l’établissement d’une plateforme opérationnelle libano-iranienne sur le continent latino-américain.
Cette première partie explore les bases matérielles et financières de cette implantation : les infrastructures, les chiffres qui attestent de son ampleur, et les mécanismes économiques qui l’alimentent.
La capture de Maduro
Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, plus de 150 avions de chasse américains ont bombardé plusieurs sites stratégiques du Venezuela, notamment la capitale Caracas et le complexe militaire de Fort Tiuna. L’opération, qui a duré deux heures et vingt minutes, a permis l’arrestation de Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores, inculpés pour narcoterrorisme et accusés de diriger le « cartel de los Soles » (cartel des Soleils), une organisation criminelle impliquant des militaires hauts gradés vénézuéliens.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a, de manière concomitante, lié cette opération à la lutte contre le Hezbollah et l’Iran, déclarant que sous l’administration de Donald Trump, les États-Unis ne permettaient pas l’existence d’un pays comme le Venezuela, point d’appui pour le Hezbollah et l’Iran. Cela révèle que le gouvernement américain considère la présence du Hezbollah au Venezuela comme une menace directe à la sécurité intérieure des États-Unis, au-delà même de son rôle de simple base arrière régionale.
L’infrastructure du Hezbollah au Venezuela : chiffres et réalité opérationnelle
Les données d’intelligence américaine révèlent la présence considérable du Hezbollah sur le territoire vénézuélien. Selon Marshall Billingslea, ancien secrétaire adjoint au Trésor américain chargé du financement du terrorisme, environ 11 000 membres affiliés au Hezbollah sont entrés au Venezuela entre 2010 et 2019. Ce chiffre illustre l’attrait de ce pays comme base arrière pour l’organisation libanaise, en raison de sa localisation géographique privilégiée, et l’implantation d’une importante diaspora libanaise, qui facilite l’intégration des opérateurs.
Plus récemment, lors d’une audition devant le Sénat américain en octobre 2025, Marshall Billingslea a révélé que plus de 400 commandants de terrain du Hezbollah avaient reçu l’ordre de se redéployer en Amérique latine, et spécifiquement au Venezuela. Cette opération stratégique est intervenue dans un contexte de pression accrue à l’encontre du Hezbollah au Moyen-Orient. Cette pression s’est caractérisée par l’affaiblissement de son commandement militaire et par la mort de son chef, Hassan Nasrallah, en 2024, à la suite d’opérations israéliennes. Pour l’organisation, le Venezuela est devenu un sanctuaire stratégique où le Hezbollah a pu reconstituer sa capacité opérationnelle loin d’Israël et de ses alliés occidentaux.
L’île de Margarita : centre névralgique des opérations
L’île de Margarita, située au large de la côte nord-est du Venezuela, constitue le centre de gravité des activités du Hezbollah dans l’hémisphère occidental. Marshall Billingslea a témoigné que, sous Hugo Chávez, le Venezuela avait ouvert ses portes au Hezbollah, permettant au groupe d’y établir une empreinte majeure, dont le site d’entraînement paramilitaire sur l’île de Margarita. Cette île, dotée d’un statut de zone franche pour faciliter les mouvements de personnes et de marchandises, sert de hub pour le trafic de drogue et le blanchiment d’argent, les opérations logistiques et financières, la coordination des réseaux criminels avec le cartel de los Soles et l’établissement de sociétés écrans pour le financement d’opérations terroristes.
Les autorités américaines affirment que l’île Margarita est véritablement le centre de gravité des activités du Hezbollah dans l’hémisphère occidental, certaines d’entre elles impliquant, dans une certaine mesure, le Hamas. La transformation de cette île touristique prisée en hub terroriste illustre la capacité du Hezbollah à exploiter la corruption des fonctionnaires locaux pour établir des fiefs opérationnels dans des régions clés.
L’Arco Minero del Orinoco : financement par l’or illégal
Créé en 2016 par Nicolás Maduro, l’Arco Minero del Orinoco couvre 12,2 % du territoire vénézuélien, soit 111 843 kilomètres carrés, et représente une valeur minérale potentielle de 2 000 milliards de dollars, notamment en or, bauxite, coltan et diamants. Cette zone, présentée par le régime comme un moteur de développement économique, est contrôlée par des groupes armés non-étatiques, dont le Hezbollah. Le Hezbollah y mène des activités d’extraction et de trafic d’or, exploitant un vaste réseau international pour écouler l’or vénézuélien vers la Turquie, les Émirats arabes unis et la Syrie, où il est blanchi et intégré dans les chaînes d’approvisionnement légales.
Ce contrôle de l’Arco Minero représente un atout stratégique majeur pour l’organisation. L’or vénézuélien, difficile à tracer une fois transformé en lingots ou en bijoux, permet de blanchir des sommes considérables d’argent sans laisser de traces numériques facilement identifiables. Les revenus générés par cette activité sont fragmentés, dispersés dans plusieurs juridictions et convertis en actifs physiques, rendant les enquêtes financières traditionnelles pratiquement inefficaces. Des experts financiers affirment que le groupe a construit une économie parallèle au Venezuela, dont les piliers incluent le commerce d’or dans l’Arco Minero et d’autres activités extractives.
Cette ressource naturelle abondante s’avère importante pour les finances du Hezbollah, qui fait face à une réduction du financement iranien suite aux sanctions internationales contre Téhéran et aux dégâts infligés à ses opérations au Moyen-Orient. L’Iran, principal bailleur de fonds historique de l’organisation, voit ses capacités à transférer des fonds diminuer en raison de la pression financière internationale. Le Venezuela, quant à lui, offre une alternative : une source de revenus autonome, discrète et pratiquement indétectable par les mécanismes de contrôle financier occidentaux.
La « cocaïne noire » et les revenus du trafic
En plus des activités extractives, le Hezbollah s’est spécialisé dans une technique de dissimulation de la cocaïne appelée « cocaïne noire », qui consiste à mélanger de la poudre de cocaïne avec du charbon et d’autres produits chimiques pour créer des briques ressemblant à du charbon. Cette technique, déjà utilisée par les cartels colombiens dans les années 1990, permet d’échapper à la détection par les chiens renifleurs et les tests chimiques conventionnels
Selon certaines estimations, le Hezbollah écoulerait chaque année des centaines de millions de dollars de cocaïne via des réseaux criminels en Amérique Latine. Des analyses plus récentes suggèrent que ce chiffre pourrait atteindre plusieurs milliards de dollars, ce qui en ferait l’une des plus importantes sources de financement non-étatiques du groupe. Ces revenus financent, par exemple, les opérations terroristes mondiales du Hezbollah, ses programmes sociaux au Liban et son arsenal de roquettes.
La chaîne d’approvisionnement de la cocaïne fonctionne selon un schéma largement établi entre la Colombie, le Venezuela et les marchés de consommation en Amérique du Nord et en Europe. Les cartels colombiens produisent la cocaïne à grande échelle, le Venezuela sert de hub de transit et de transformation, tandis que le Hezbollah assure la distribution finale vers les réseaux de vente au détail en Amérique du Nord et en Europe. Cette division du travail permet à chaque acteur de se spécialiser dans son domaine de compétence : production pour les cartels, logistique pour le Venezuela, et distribution pour le Hezbollah.
Le cartel de los Soles : alliance avec l’appareil d’État
Le Hezbollah collabore étroitement avec le cartel de los Soles, dont Nicolás Maduro a été, dans un premier temps, accusé d’être le chef, et qui comprend des figures clés sanctionnées par Washington. Si les Etats-Unis ont retiré ce chef d’accusation concernant le président vénézuelien, Diosdado Cabello, ministre de l’Intérieur et numéro deux du régime, est décrit comme le principal leader opérationnel du cartel. Vladimir Padrino López, ministre de la Défense, figure également en première ligne de cette organisation criminelle. Cette imbrication du crime organisé dans la structure formelle de l’État vénézuélien constitue un élément central de la stratégie de survie du régime de Nicolás Maduro.
En intégrant les structures criminelles dans la hiérarchie gouvernementale officielle, Nicolás Maduro a créé une fusion entre l’appareil étatique et le crime organisé qui rend difficile la distinction entre les deux. Les ministères ne fonctionnent plus comme des institutions gouvernementales classiques, mais plutôt comme une entreprise criminelle. Les revenus du narcotrafic et du trafic d’or financent l’armée et les services de renseignement, créant une boucle rétroactive où les forces de sécurité officielles deviennent les protecteurs de facto des opérations du Hezbollah. Ce système criminel a permis au régime de Nicolás Maduro de maintenir une base militaire et sécuritaire robuste malgré l’effondrement économique du Venezuela.
Hugo Carvajal, ancien chef du renseignement militaire, extradé vers les États-Unis en 2023 et plaidant coupable en juin 2025 de quatre chefs d’accusation, incluant le narcoterrorisme, a récemment confirmé dans une lettre adressée au président Donald Trump que le régime de Nicolás Maduro opère comme une véritable organisation narco-terroriste en coordination avec les FARC, l’Armée de libération nationale colombienne, les services de renseignement cubains et le Hezbollah. Son témoignage a été mis en avant comme revêtant une importance particulière, compte tenu de la connaissance de Hugo Carvajal des structures du pouvoir vénézuélien et des relations clandestines entre Caracas et les groupes terroristes. Son témoignage, bien que fragmentaire, confirme, de l’intérieur, le schéma d’organisation mis en cause par Washington.
Les bases d’une infrastructure terroriste transfrontalière
Les infrastructures décrites dans cette première partie constituent le fondement matériel et financier de la présence du Hezbollah au Venezuela. L’île de Margarita offre la logistique, l’Arco Minero fournit l’or, les routes logistiques des narcotrafiquants génèrent des revenus en milliards de dollars, et le cartel de los Soles assure la couverture légale et la protection militaire de cet ensemble. Ces éléments forment un écosystème criminel autosuffisant, capable de fonctionner indépendamment du financement iranien et de générer les ressources nécessaires pour étendre les opérations du Hezbollah à l’échelle mondiale.
Cependant, cette infrastructure n’aurait jamais pu voir le jour sans les relais humains au sein de l’appareil d’État vénézuélien. Des ministres aux diplomates, en passant par les chefs militaires, un réseau précis d’individus a facilité, coordonné et protégé les opérations du Hezbollah.
Melissa Mey
Pour aller plus loin :
- Le Hezbollah au Venezuela [Partie 2/3] : Les architectes d’une implantation durable
- Le Hezbollah au Venezuela [Partie 3/3] : Un système menacé mais résilient
- Le Hezbollah : le nouveau cartel d’Amérique latine