Le 5 janvier dernier, l’entreprise Beijing Linyi Yunchuan Energy Technology a annoncé avoir testé dans le Sichuan, une province montagneuse de la Chine, le S2000. Il s’agit d’une éolienne déployée sur un ballon captif qui vole à 2 000 mètres afin de profiter de vents d’altitude puissants et constants.
Une première mondiale à 2 000 mètres d’altitude.
Après le S1500 dévoilé en octobre dernier, Linyi Yunchuan a présenté le S2000 SAWES (pour Stratosphere Airborne Wind Energy System), un ballon captif de 60 mètres de long sur 40 mètres d’envergure. Doté de 12 turbines et gonflé de 20 000 m3 d’hélium, il afficherait une puissance nominale de 3 MW. Il aurait atteint son altitude de croisière de 2000 mètres en 30 minutes et aurait généré 385 kWh d’électricité. Relié au sol par un câble qui lui assure stabilité et transport d’énergie, le S2000 revendique la première connexion au réseau électrique mondial d’un système éolien aéroporté de la classe mégawatt. Il relève pour ce faire des défis de taille : équilibre entre légèreté des matériaux et productivité, transport par câble aérien d’électricité haute tension et stabilité de l’aérostat.
Beijing Linyi Yunchuan Energy Technology : un acteur stratégique chinois.
La société, née en 2023 et basée à Pékin, est sponsorisée (par le biais de la banque d’investissement CICC et le fonds CASSTAR) par le Ministère chinois de l’Industrie. Alignée avec les objectifs de décarbonation du 14e Plan quinquennal du PCC, elle bénéficie de partenariats institutionnels avec l’Université Tsinghua et avec l’Institut de recherche en information aérospatiale de l’Académie chinoise des sciences. La feuille de route technologique de l’entreprise est ambitieuse : après le S500 (50 kW, octobre 2024) et le S1500 (1,2 MW, septembre 2025) déjà commercialisés, le S2000 constitue le troisième jalon. Les modèles S4000 et S6000 sont en développement, ce dernier devant atteindre les limites de la troposphère d’ici le troisième trimestre 2026. Outre le volet environnemental – la Chine produit 35% des émissions carbonées dans le monde – le système S2000 est présenté comme un producteur d’énergie verte bien moins consommateur en matériaux qu’une éolienne terrestre – tout en ayant une empreinte au sol réduite – et spécifiquement conçu pour couvrir les zones que le maillage énergétique chinois peine à atteindre.
Un retard occidental considérable.
A l’inverse, les acteurs occidentaux accusent dans le domaine un retard majeur. Makani (USA/Google X) a fermé en février 2020 après 13 ans de développement, son investisseur Alphabet jugeant sa viabilité commerciale obérée par des défis d’envergure. Parmi les survivants européens, Kitepower (Pays-Bas) teste des unités de 100 kW et Kitemill (Norvège) n’a pas encore commercialisé ses produits. Seul SkySails Power (Allemagne) commercialise des unités de 200 kW. Le secteur est passé de 22 acteurs en 2017 à 7 en 2020.
L’avenir, vraiment ?
Si les métriques annoncées sont vérifiées, la Chine signe effectivement une première. Cependant, plusieurs interrogations subsistent, en particulier concernant le partage de l’espace aérien. Les volumes aériens situés entre 0 et 2 000 mètres correspondent en effet à la zone de prédilection de l’aviation légère et des drones, posant des risques de collision d’autant plus préoccupants que le câble d’attache reste quasi invisible et que la zone d’évolution de l’aérostat est par définition imprévisible. Lors de son cycle de production, le dirigeable captif œuvre dans une zone conique avec une tolérance par rapport à la verticale estimée au maximum à 30° : à 2 000 m d’altitude il vole dans un rayon d’un peu plus d’1 km autour de la verticale du point d’ancrage, soit une surface d’évolution de près de 4 km².
La durabilité du projet reste par ailleurs à démontrer : la décarbonation des matériaux utilisés pose en effet question, tout comme les défis émergents des protocoles de maintenance complexes des éoliennes de haute altitude. De même, si elle est riche de ses terres rares, la Chine dispose de ressources en hélium limitées, facteur de tension géopolitique. L’impact environnemental sur les oiseaux migrateurs demeure également peu étudié, alors que plusieurs espèces de rapaces et migrateurs fréquentent régulièrement cette altitude.
Portail de l’IE.
Pour aller plus loin :
- La guerre commerciale sino-américaine et ses implications pour l’Union européenne
- Forte hausse sur le prix des terres rares chinoises