Les cuirassés de classe Trump : un programme réaliste ou une utopie politique ? [Partie 1/2]

Le président américain Donald J. Trump a annoncé en décembre 2025 un projet de cuirassés dont la classe porterait son nom. Présentés comme les navires de surface les plus puissants de l’histoire, ces navires entreraient en service dans les années 2030. Le concept présente cependant de très nombreuses incohérences, aussi bien vis-à-vis des objectifs stratégiques de l’US Navy, que de la capacité du secteur de la construction navale, le tout dans un contexte de montée en puissance de la marine chinoise en Asie-Pacifique.

Présentation de la classe Trump

Dévoilé le 22 décembre 2025 par Donald J. Trump, le programme de cuirassé de classe Trump / BBG(X) a pour ambition de renforcer considérablement la flotte de surface de l’US Navy. En plus des capacités traditionnelles (cellules VLS de lancement de missiles, moyens de lutte anti-aérienne et anti-sous-marine), les navires emporteront des lasers à forte puissance, un railgun ainsi que des missiles hypersoniques Conventional Prompt Strike (CPS) à capacité nucléaire.

Premier d’une série de 20 à 25 navires, le Defiant devrait être commandé en 2028 et entrer en service dans les années 2030. Les BBG(X)s devraient se substituer au programme DDG(X), destiné à remplacer les destroyers de classe Arleigh Burke (DDG-51). Ces derniers constituent actuellement l’épine dorsale de la flotte de surface américaine. Malgré un apport capacitaire très conséquent, le programme BBG(X) et surtout l’annulation des DDG(X) présentent de nombreux risques à long terme, au vu du contexte de concurrence avec la marine chinoise, des choix doctrinaux de l’US Navy et de l’état préoccupant du tissu industriel de la construction navale américaine.

Graphique annoté mettant en évidence les différentes capacités prévues pour les navires de la classe Trump . La mention de « 28 Mk 41 VLS » semble être une erreur de frappe, le tableau ci-dessous indiquant que les navires seraient équipés de 128 cellules de ce type.

Source : Naval Sea Systems Command (NavSea) via US Naval Institute (USNI) News

Source : NavSea via USNI News

Les errances du procurement de l’US Navy face la montée en puissance chinoise

Avec 234 navires contre 219 pour l’US Navy, la marine chinoise dispose depuis 2024 de la plus grande flotte combattante au monde. En outre, près de 70% des bâtiments de la People’s Liberation Army Navy (PLAN) ayant été construits après 2010, contre seulement 25% pour la flotte américaine, ce qui témoigne d’une modernisation plus rapide de la marine chinoise. Par ailleurs, la Chine dispose de la plus importante capacité de construction navale commerciale au monde, 230 fois supérieure à celle de l’industrie américaine.

Les chantiers détenus par la China State Shipbuilding Corporation (CSSC) englobent 40% de la capacité de production chinoise et sont en mesure de produire des navires militaires dans le cadre de la politique de fusion civilo-militaire. Cette puissance industrielle permet à la Chine de bénéficier de cycles de production bien plus courts. Ainsi, le nouveau porte-hélicoptères Sichuan est passé de la pose de la quille aux essais en mer en 25 mois, contre 53 mois pour l’USS America de type similaire.

Le 5 novembre 2025, la PLAN a admis le porte-avions Fujian au service actif, marquant un tournant technologique pour la marine chinoise. Il s’agit en effet du premier porte-avions non-américain équipé de catapultes électromagnétiques (EMALS) et en mesure d’opérer des avions de 5ème génération: il est également le premier porte-avions de conception et de construction entièrement chinoise. Le Fujian rejoindra la flotte chinoise sud qui a pour zone d’opération la mer de Chine méridionale et le détroit de Taïwan.

La prise de Taïwan, mentionnée à de nombreuses reprise dans le livre blanc de la Défense Nationale de 2025, reste la priorité du Parti Communiste Chinois (PCC) et l’augmentation de la puissance de projection chinoise vient renforcer cette idée. En effet, la Chine développe et met en service de nombreuses capacités amphibies (qui peut être utilisée sur terre et dans l’eau). Ainsi, le Sichuan, le plus grand porte-hélicoptère au monde, dispose de la capacité à mettre à l’eau des engins de débarquement. Par ailleurs, la PLAN a organisé de très nombreux exercices interarmés simulant des opérations amphibies en mettant en œuvre d’imposantes barges de débarquement.

Une modernisation de l’US Navy aux contours incertains

De leur côté, les Etats Unis font face à des difficultés sur leurs chantiers navals. Le programme FFG(X) en est l’illustration. Ce projet, lancé en 2020, devait aboutir à la construction de 20 frégates multi-missions de classe Constellation. Le contrat avait été signé par le groupe italien Fincantieri et devait reprendre le design de la frégate FREMM franco-italienne, mais en quelques années, la construction a accumulé les retards. En 2024, le programme avait 3 ans de retard sur la livraison de la première frégate, celle-ci avait été repoussée jusqu’en avril 2029. En novembre 2025, la construction de la première frégate n’était achevée qu’à 12%. De plus, les difficultés liées au design des frégates ont poussé la Navy à limiter ce projet à deux navires.

Pour faire face à ces échecs, l’administration Trump a validé en décembre 2025 le projet « Golden Fleet », afin de permettre une montée en puissance rapide de la flotte américaine et rivaliser avec les avancées chinoises. La base industrielle américaine étant contrainte par un manque de main d’œuvre et de capacité, l’administration Trump pourrait néanmoins envisager d’utiliser des chantiers au Japon et en Corée du Sud pour des sections de coques. Encore une fois, ce projet se heurte à des complications. En effet la loi 10 U.S.C 8679 interdit aux constructeurs navals l’assemblage et la construction de composants majeurs à l’étranger pour des raisons de sécurité nationale.Pour pallier à l’abandon du programme Constellation, la Navy a initié le programme FF(X), intégré à la Golden Fleet. Les fonds qui devaient être dédiés à la construction des frégates Constellation ont été réattribués à la construction des navires combattants de surfaces de classe Legend de l’US Coast Guard. Néanmoins, ces navires combattants ne disposent pas de systèmes de lancement vertical (VLS), limitant grandement leurs capacités opérationnelles. Les navires seraient aussi peu armés que ceux de classe Freedom et Independance du programme Littoral Combat Ship (LCS), considérés comme un échec pour la Navy et en cours de retrait prématuré.

Juliette MASSE, Manon PEREZ et Henri LAUTURE
pour le Club Défense AEGE

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