Alors que les pourparlers Israël-Syrie reprennent à Paris les 5 et 6 janvier 2026 sous la médiation formelle de Washington, la France occupe une position stratégique subtile mais décisive. La diplomatie française se met à l’oeuvre pour se replacer au Moyen-Orient.
Le ministre français des affaires étrangères Jean-Noël Barrot a rencontré en tête-à-tête son homologue syrien Asaad al-Shibani. Cela démontre l’engagement de Paris dans une volonté de reconstruction économique syrienne tout en assurant une sécurité territoriale avec Israël. Cette posture française n’est ni celle du médiateur formel (Tom Barrack est l’envoyé américain pour les négociations), ni celle du spectateur neutre. En accueillant les négociations à Paris et en engageant simultanément la Syrie sur sa stabilisation économique et son intégration occidentale, la France valide indirectement les conditions imposées par Netanyahu. Cela offre à Damas une perspective de prospérité comme compensation pour d’éventuelles concessions territoriales. La médiation parisienne s’accompagne donc d’une stratégie d’intelligence économique.
Jean-Noël Barrot promet le retour des entreprises françaises (Total pour l’énergie, Veolia pour les infrastructures) et s’engage à soutenir la levée progressive des sanctions, créant ainsi une dépendance structurelle de Damas envers Paris. Le financement de la reconstruction syrienne passe donc par la France. Ce levier économique traduit l’objectif français de reconquérir l’influence perdue en Syrie depuis le début de la guerre civile en 2011. Cette stratégie de repositionnement géopolitique est renforcée par la chute d’Assad et l’émergence d’une Syrie cherchant des partenaires occidentaux. Dans le même temps, la France accentue son soft power diplomatique en utilisant la justice et la protection des minorités (notamment kurdes via le soutien au SDF). Paris se positionne donc comme une puissance démocratique légitimante face aux acteurs régionaux plus agressifs.
Cette stratégie fait de la diplomatie française un architecte discret de la reconstruction syrienne post-Assad, où Israël cherche à verrouiller son avantage sécuritaire tandis que Paris mise sur les leviers économiques et la légitimité multilatérale pour peser sur l’équilibre régional.
Adrien RAMEL
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