Saab a annoncé le 30 décembre avoir reçu une commande de la Direction générale de l’armement portant sur l’acquisition de deux avions de veille aérienne GlobalEye, avec deux autres en option. Ce faisant, l’industriel suédois conforte sa position de favori pour le futur marché de remplacement de la flotte de l’OTAN.
Le GlobalEye est développé par Saab en 2016 au profit des Emirats Arabes Unis (EAU). Le système repose sur des jets privés Bombardier Global 6000/6500 modifiés pour intégrer le radar EriEye ER AEW&C (pour Airborne Early Warning & Control) de l’industriel suédois. En plus des 5 exemplaires reçus par Abu Dhabi, les forces aériennes suédoises ont également commandé trois avions, faisant donc de la France le troisième utilisateur du GlobalEye. Les livraisons étalées entre 2029 et 2032 permettront à l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE) de renouveler ses 4 Boeing E-3F Sentry vieillissants. Conçus sur la base du Boeing 707, un quadriréacteur long-courrier des années 1960, les appareils utilisés par l’AAE sont entrés en service en 1991. Leur maintien en condition opérationnelle est extrêmement coûteux, atteignant 100 000 euros par heure de vol. À titre de comparaison, la maintenance du GlobalEye, moins onéreuse grâce à une taille restreinte et une cellule plus récente, est estimée à 15 000 dollars par heure de vol. La solution de Boeing, l’E-7A Wedgetail basé sur le Boeing 737-700, ou encore l’intégration potentielle de l’EriEye ER dans le futur Falcon 10X évoquée par Dassault auraient été écartées car trop onéreuses ou encore hypothétiques.
Ce contrat arrive à point nommé pour Saab dans la mesure où l’industriel suédois essaie de mettre son système en avant comme le futur avion AEW&C de l’OTAN. En effet, la NATO Airborne Early Warning and Control Force (NAEW&CF), basée en Allemagne, cherche également à remplacer d’ici 2035 ses 14 E-3A encore en service. En décembre 2022, la NATO Support and Procurement Agency (NSPA) émet ainsi une demande d’information auprès des industriels sur la faisabilité technique et financière du projet. Après que Saab, Boeing et Northrop Grumman aient répondu en proposant leurs solutions respectives, la NSPA indique en 2023 son intention de se tourner vers Boeing pour fournir 6 E-7A Wedgetail. Cependant, le programme connaît parallèlement des déboires aux États-Unis; le Department of Defense ayant annoncé son abandon par l’US Air Force (USAF) le 26 juin dernier. Ce choix serait motivé par des surcoûts, le prix unitaire passant de 588 à 724 millions de dollars, ainsi que la vulnérabilité de ce type d’appareil. La décision déclenche une vive opposition de la part du Sénat américain qui se lance dans une bataille pour bloquer la décision du Pentagone et maintenir l’achat d’E-7 par l’USAF. L’assise financière et stratégique du projet n’étant plus garantie suite au retrait du partenaire américain, l’OTAN décide le 13 novembre d’abandonner le projet de remplacement de ses E-3A par des E-7.
Saab se retrouve par conséquent en tête de peloton étant actuellement seul à proposer sur étagère un avion AEW&C de conception et d’assemblage européen. Les tarifs pratiqués par l’industriel suédois avec les EAU et la France permettent d’estimer le prix unitaire du GlobalEye à environ 550 millions d’euros. Un contrat avec l’OTAN représenterait théoriquement 3,3 milliards d’euros pour l’achat de 6 avions comme initialement prévu avec le Wedgetail. Une très hypothétique conservation du format actuel de la NAEW&CF, soit 14 appareils, impliquerait quant à elle un montant historique de 7,1 milliards d’euros.
Henri Lauture pour le Club Défense
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