L’offre publique d’achat (OPA) lancée par Daniel Křetínský sur Fnac Darty intervient dans un moment charnière pour la gouvernance du groupe. Entre recomposition actionnariale, performances financières sous contrainte et montée de nouveaux acteurs extra-européens dans la distribution culturelle, l’opération dépasse le cadre strictement boursier et interroge les équilibres industriels et stratégiques du secteur.
Daniel Křetínský, via son véhicule d’investissement Vesa/EP Group, a déposé une offre publique d’achat amicale sur le groupe Fnac Darty, proposant 36 € par action, soit environ 1,1 milliard d’euros de valorisation et une prime d’environ 19 % par rapport au cours de clôture précédent l’annonce. L’opération vise à porter sa participation au-delà de 50 % du capital ou des droits de vote. Cela signifie une montée en contrôle destinée à sécuriser la gouvernance du groupe, sans recherche de retrait de la cote ni mécanisme de retrait obligatoire, laissant subsister un actionnariat minoritaire et traduisant une logique de stabilisation capitalistique plutôt que de prise de contrôle intégrale. Le conseil d’administration de Fnac Darty a accueilli favorablement l’offre et la recommande, sous réserve de l’avis de l’expert indépendant. L’offre doit désormais être soumise à l’approbation de l’AMF (Autorité des marchés financiers) d’ici fin mars 2026.
La recomposition actionnariale d’un groupe à la croissance stagnante et au résultat moyen
Parallèlement à l’annonce de l’OPA, Fnac Darty a publié des résultats préliminaires pour l’exercice 2025, indiquant une croissance modeste du chiffre d’affaires à environ 10,3 milliards € (+ 0,7 % en glissement annuel à l’international, et + 0,5% sur le territoire français) et un résultat opérationnel courant autour de 203 millions €, correspondant à une marge d’exploitation d’environ 2 %. Le groupe a également fait savoir qu’il poursuivait des discussions pour la cession de sa filiale Nature & Découvertes afin de rationaliser son portefeuille.
Une réalité d’enjeux de gouvernance avec un fort contexte géopolitique
Cette offre s’inscrit dans un contexte actionnarial profondément remodelé. Fnac Darty voit désormais, derrière Daniel Křetínský (≈ 28,5 % du capital), le géant chinois JD.com devenir deuxième actionnaire indirect à travers l’acquisition du groupe allemand Ceconomy (≈ 22 % des parts de Fnac Darty). Cela relance les débats sur les investissements étrangers et la souveraineté économique dans les secteurs stratégiques du commerce et de la culture. Des engagements ont été pris pour limiter l’influence de JD.com au-delà de sa position de second actionnaire, mais ces engagements restent, à ce stade, hors normes juridiques strictes et tributaires de l’examen réglementaire. En effet, ces accords, qualifiés de supra-légaux, relèvent davantage de déclarations d’intention à portée politique que d’obligations juridiquement contraignantes, n’ayant pas été intégrés dans un dispositif validé par l’AMF, ce qui en limite la force exécutoire et les rend dépendants du contexte réglementaire et des rapports de force.
Dans l’analyse qui se dessine, l’OPA de Křetínský peut être interprétée comme une tentative de consolidation de contrôle interne, réduisant l’incertitude liée à une compétition actionnariale potentielle avec une entité extérieure au tissu économique européen traditionnel, tout en offrant aux actionnaires une liquidité immédiate à un prix premium.
Corentin Louchart
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