Le 21 décembre 2025, le Président Emmanuel Macron a officialisé le lancement du Porte-Avions de Nouvelle Génération (PA-NG), destiné à remplacer le Charles de Gaulle. Par la même occasion, il a annoncé une mise en service à l’horizon 2038, pour un coût estimé à 10,25 milliards d’euros. Cette annonce, formulée lors d’une visite aux forces armées françaises stationnées à Abou Dhabi, s’inscrit à la fois comme un choix capacitaire structurant et comme un signal de diplomatie stratégique.
Cette annonce soulève aussi des enjeux liés à la maîtrise des dépendances technologiques critiques. La Commission de la Défense Nationale et des Forces Armées de l’Assemblée Nationale souligne, en effet, une vulnérabilité structurelle liée aux dépendances critiques, la France envisageant l’acquisition auprès des États-Unis de systèmes de catapultage électromagnétique afin de respecter les contraintes de calendrier et de coût.
Cette dépendance n’est pas nouvelle, puisque le Sénat rappelle que les systèmes de catapultage et d’appontage du Charles de Gaulle sont d’origine américaine. Le PA-NG n’apporte pas d’éléments de rupture sur ce sujet. Il change même l’échelle de criticité si la France bascule vers un système électromagnétique qui sera plus dépendant de composants, de logiciels et de mises à jour. L’enjeu n’est pas l’achat initial, mais la maîtrise du cycle de vie et de l’exploitation du système de catapultage électromagnétique.
Ce risque de dépendance est structurel car il porte sur une fonction centrale et non substituable. Il est aussi juridico-politique car les exportations et transferts de matériels de défense américains relèvent d’un cadre de contrôle et d’autorisations piloté par les autorités américaines. L’enjeu de souveraineté réside dans la transformation de cette dépendance subie en dépendance gouvernée. Cela passe par la sécurisation contractuelle du soutien à long terme, la garantie des droits d’usage et d’évolution, ainsi que la constitution de stocks critiques. Il est également essentiel d’organiser la gouvernance des interfaces (bonne coordination entre les technologies américaines et les systèmes français à bord) pour éviter les verrouillages propriétaires, assurant ainsi une disponibilité opérationnelle optimale.
Le PA-NG constituera un véritable multiplicateur stratégique pour la France s’il se traduit, au-delà de sa portée symbolique, par une disponibilité opérationnelle soutenable dans la durée et une maîtrise des dépendances technologiques critiques, dans un contexte où la puissance se juge autant à la capacité d’action qu’à la résilience technologique et politique.
Martin Broyer, pour le Club HUMINT