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La guerre révolutionnaire

Description

La Guerre révolutionnaire, écrit par Mao Tsé-toung, est un texte fondamental. Il se divise en deux textes : « Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine » écrit en 1936 et « Questions de stratégie dans la guerre de partisans antijaponaise » en 1938. Reflétant l’évolution du processus de révolution nationale en Chine (1911-1949), il pose également les bases pour les théories de la guérilla de la seconde moitié du XXème siècle. Rédigé dans le contexte de la lutte contre les forces nationalistes chinoises et impérialistes japonaises en Chine, cet ouvrage offre un aperçu de la stratégie qui permettra à Mao de modifier le rapport de force à son avantage. L’objectif du futur dirigeant chinois est de théoriser la conduite que doit prendre une « guerre révolutionnaire » pour réussir. L’importance de cet ouvrage réside dans sa capacité à transcender le contexte spécifique de la Chine des années 1930 et 1940 pour aborder des aspects universels de stratégie, de gestion des rapports de force, des ressources et de leadership en période de crise. Ces textes se révèlent être une étude de cas précieuse pour les stratèges désireux de comprendre comment les principes militaires peuvent être appliqués à des situations variées, notamment dans les situations où le rapport de force nous est défavorable.

Fiche de lecture

Dans son ouvrage « La Guerre révolutionnaire », Mao Tsé-toung théorise les fondements de la guérilla dans un rapport du faible au fort. Cette fiche de lecture s’efforce de dégager les enseignements clé de l’œuvre de Mao et d’examiner leur applicabilité à l’heure de la guerre économique mondialisée.

Les concepts de la « guerre révolutionnaire » chez Mao

Au vu du rapport de force défavorable initial qu’implique la guerre révolutionnaire, la défense a un rôle central. Or, selon Mao, la seule et unique défense à adopter doit être une défense stratégique, soit une défense active. Dans ce rapport du faible au fort, les forces « révolutionnaires » doivent être, à n’importe quel moment, en capacité de s’adapter, d’exploiter les faiblesses de l’ennemi et de répondre aux opportunités qui se présentent. Cette méthode contraste avec une posture « passive », purement défensive qui viserait uniquement à repousser les assauts de l’ennemi ou à éviter les confrontations. Mao articule alors son analyse autour de la dialectique campagnes/contre-campagnes, où les forces « révolutionnaires » doivent constamment basculer entre prise d’initiatives et réaction aux tactiques adverses. La défense active doit alors déboucher sur une contre-offensive stratégique. L’accent est mis sur la capacité rapide de concentration des forces « révolutionnaires », afin de frapper un ennemi affaibli pour être en mesure de réaliser des actions d’anéantissement ciblées. Dans ce rapport du faible au fort, la conservation des forces est un autre principe fondamental de la guerre révolutionnaire, tel que défini par Mao. Il se manifeste notamment dans la stratégie de retraite stratégique qui doit permettre de préserver les ressources, réduites et limitées, et préparer le terrain pour une future offensive des forces « révolutionnaires ».

Ces éléments théoriques sont ensuite repris et appliqués dans une réflexion sur la guerre de partisans antijaponaise. Mao y souligne l’importance de coordonner les opérations de guérilla avec les forces régulières. Cela passe par une lutte idéologique contre les bandes errantes. L’objectif est de gérer l’activité des partisans pour la convertir en bases d’appui solides. Il s’agira ensuite de transformer cette guerre de partisans en véritable guerre de manœuvre, cruciale pour étendre le champ d’action et augmenter l’impact des opérations. Pour cela, le commandement doit également adopter une posture propice à la bonne gestion de la « guerre révolutionnaire ». Mao insiste sur l’équilibre à trouver entre centralisation et décentralisation. Pour lui, le commandement doit être centralisé en stratégie, mais décentralisé dans les campagnes et les combats. Autrement dit, « la guerre révolutionnaire » de Mao repose sur « des opérations de partisans menées avec indépendance et initiative, sous un commandement stratégique unique ».

Finalement, pour Mao, la « guerre révolutionnaire » repose sur 3 axes ; la conservation et l’accroissement des forces amis en vue de l’anéantissement des forces ennemis. Le dirigeant chinois récapitule sa théorie en six points qui permettront de mettre en œuvre sa stratégie : « 1/ Initiative, souplesse et plan dans la conduite des offensives au cours d’une guerre défensive, des opérations de décision rapide au cours d’une guerre prolongée et des opérations à l’extérieur des lignes au cours de la guerre à l’intérieur des lignes ; 2/ Coordination avec les opérations régulières ; 3/ Création de bases d’appui ; 4/ Défense stratégique et offensive stratégique ; 5/ Développement de la guerre de partisans en guerre de manœuvre ; 6/ Établissement de rapports justes au sein du commandement ».

« La guerre révolutionnaire » dans la guerre économique

Cet ouvrage sur la « guerre révolutionnaire », offre des analogies frappantes avec les tactiques utilisées dans le domaine économique et managérial contemporain. Les principes politico-militaires de Mao Tsé-toung, axés sur la flexibilité, l’adaptabilité et l’exploitation stratégique des faiblesses adverses, ouvrent des perspectives pertinentes pour la conduite des affaires dans un environnement économique complexe et compétitif. Leurs applications au domaine économique pourraient même permettre de repenser les stratégies d’entreprise et les politiques nationales sous un angle novateur.

Dans le contexte entrepreneurial, cela se traduit par une capacité à innover rapidement, à s’adapter aux évolutions rapides du marché et à capitaliser sur les opportunités émergentes. Une « guérilla économique », évitant les confrontations directes avec de grands rivaux bien établis, favoriserait des stratégies plus subtiles et disruptives, exploitant des segments de marché moins défendus et utilisant l’innovation comme un levier principal. En parallèle, le concept fondamental des bases d’appui est également transposable au monde des affaires, où établir des fondations solides sur des marchés clés est essentiel pour l’expansion régionale et la consolidation de la présence de l’entreprise. Par ailleurs, c’est la centralisation de la stratégie couplée à la décentralisation des opérations qui permet aux entreprises de prendre des décisions rapides et adaptées localement, optimisant ainsi la réactivité et l’efficacité opérationnelle. Enfin, la mobilisation des ressources humaines à travers l’éducation et une culture d’entreprise forte peut être mise en parallèle avec la manière dont Mao utilisait l’idéologie pour engager ses troupes. Dans un cadre corporate, cela implique de cultiver un engagement profond et une compréhension des objectifs stratégiques à tous les niveaux de l’organisation.

Dans un contexte de guerre économique mondiale, un État peut également tirer parti de la pensée de Mao. En appliquant ses stratégies à l’économie, des nations moins dotées peuvent rivaliser efficacement avec de grandes puissances. Une « guérilla économique » agile et disruptive pourrait permettre de soutenir l’innovation et de développer des technologies de rupture, tout en ciblant des niches de marché où la créativité et l’agilité priment sur la taille et les ressources établies. Parallèlement, la mobilisation des citoyens servirait à transformer la population en acteurs clé (et véritablement actif) de l’économie. Enfin, une intégration cohérente des politiques économiques aux objectifs politiques plus larges garantit que toutes les initiatives économiques contribuent de manière stratégique de renforcer la position internationale du pays. Ces adaptations des principes de Mao à la guerre économique moderne permettraient non seulement de survivre, mais même de prospérer dans un environnement compétitif global, en mobilisant les ressources nationales de manière stratégique et durable.

Étude de cas : Chine, logistique et conquête économique dans les Balkans

La Chine a habilement appliqué les principes maoïstes de concentration des efforts dans des zones stratégiques en lançant « l’initiative 17+1 » en 2012. Cette initiative a marqué le début de sa phase de conquête économique dans les régions anciennement communistes, en particulier dans les Balkans occidentaux. Cette manœuvre stratégique a permis à la Chine de s’implanter solidement dans le « ventre mou » de l’Europe, utilisant cette région comme un tremplin pour une expansion ultérieure dans d’autres parties de l’Europe. Cela s’est matérialisé par des investissements chinois dans des infrastructures clé, tels que le port du Pirée en Grèce, ainsi que divers projets en Serbie et en Hongrie (chemin de fer, autoroute, terminal logistique, …).

Cette pénétration chinoise permet d’établir de véritables bases d’appui économiques. Ces investissements, loin de simplement répondre à des besoins immédiats, s’inscrivent dans une vision à long terme, s’ancrant profondément dans l’économie locale et créant des dépendances structurelles qui facilitent une expansion économique et politique plus large. Ces projets font partie intégrante des Nouvelles Routes de la soie, qui constituent le cadre idéologique centralisant les efforts des agents économiques chinois. La planification méticuleuse de ces initiatives est reflétée par les plans quinquennaux, notamment le 14ème plan (2021-2025) qui souligne l’importance de la logistique en tant que pilier de l’expansion économique chinoise. Cette approche illustre la fusion entre la centralisation stratégique et la décentralisation tactique, offrant aux entreprises chinoises à l’étranger la flexibilité nécessaire pour s’adapter aux conditions locales.

La stratégie de la Chine dans les Balkans et son infiltration dans des économies européennes fragiles, telles que celle de la Grèce « post-crise 2008 », montrent une approche calculée pour cibler et exploiter les points faibles de l’Europe. En se focalisant stratégiquement sur des régions plus faibles, Pékin peut non seulement s’implanter plus aisément, mais également sécuriser des points d’entrée critiques, s’installant durablement dans l’écosystème économique européen. Cette stratégie intègre également la dimension cognitive de la « guerre révolutionnaire ». Effectivement, la Chine contemporaine œuvre à façonner favorablement son image, particulièrement dans des pays comme la Serbie ou la Hongrie où la perception de Pékin est très positive. Cette influence cognitive s’appuie sur des campagnes médiatiques ciblées, des investissements significatifs et des échanges culturels. Elle permet ainsi de renforcer la présence chinoise et de faciliter sa stratégie d’expansion en créant un environnement accueillant pour ses initiatives économiques et politiques.

 

Jules Basset

 

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